Samarra


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La bande son des indépendances africaines.

par blot Email

Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

 

- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

 

- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

 

- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

 

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

 

- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

 

- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".

 

- La bande son des inédpendances".

 

- Le dossier "Samarra en Afrique".

 

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Nous nous proposons ici de dresser un inventaire (très lacunaire) des ressources disponibles pour mieux connaître ou découvrir les musiques africaines contemporaines, en particulier celles qui apparaissent ou se transforment lors des accessions à l'indépendance.

 

Dans les jeunes Etats souverains, la musique joue un rôle essentiel. Elikia M'Bokolo explique dans le livret du coffret "Africa 50 years of Music":

"la musique a toujours été partie intégrante du quotidien des Africains et (...) constitue l'élément clé des manifestations sociales: musique de cour ou musique de travail, de fête ou de veillées funèbres, musique associée à des rituels collectifs ou propre aux divers groupes d'âge et à chacun des deux sexes. Phénomène central dans la société, la musique africaine ne saurait donner lieu à une distinction entre une "musique classique" et une "musique populaire". Toutes les variétés musicales africaines sont "populaires". On peut à la rigueur opérer une distinction entre musique "traditionnelle" et musique "contemporaine" à condition de dire aussitôt que la musique traditionnelle est constamment traversée, voire refondée par des innovations et que la musique "contemporaine ne se fait pas faute de puiser abondamment dans les 'traditions'".

 

Pour rendre la lecture du post plus agréable, nous vous proposons une sélection musicale en 32 titres (ci-dessous ou en bas de page).

 

 

* Des livres indispensables:

 

- Gérald Arnaud et Henri Lecomte: "l'Afrique de toutes les musiques". L'ouvrage fait la part belle aux musiques traditionnelles et présente les instruments de musiques spécifiquement africains. Mais cette somme n'a rien d'assommante et les auteurs, fins connaisseurs de leur sujet parviennent à le rendre passionnant. Surtout, comme son titre le suggère, ce livre restitue parfaitement la richesse et la diversité des musiques du continent. Il nous transporte dans une passionnante odyssée, du Maghreb au monde mandingue en passant par l'Afrique australe.

 

Gérald Arnaud, par ailleurs journaliste au Nouvel Obs, vient de sortir une biographie consacrée à "Youssou N'Dour, le griot planétaire" (coll. Voix du Monde, Editions Demi-Lune).

 

- Franck Tenaille: "le swing du caméléon", Actes sud, 2000. L'auteur propose une galerie de portraits savoureux de quelques une des plus grandes figures de la musique africaine. Citons, parmi d'autre Joseph Kabasele, Miriam Makeba, Alpha Blondy, Zao, Fela Kuti, Thomas Mapfumo... En arrière plan, l'histoire africaine pointe nécessairement son nez puisque la musique se trouve alors au coeur des mutations sociales.

 

"L'épopée de la musique africaine, Rythmes d'Afrique Atlantique", ed. Hors Collection, mars 2008". Ce livre revient sur la naissance, le développement et les transformations de certaines musiques populaires d'Afrique de l'ouest. L'auteur se penche sur la genèse des nouveaux courants musicaux qui irradient le continent souvent sous l'impulsion des jeunes pouvoirs politiques (Sékou Touré en Guinée, Modibi Keita au Mali et dans une moindre mesure Senghor au Sénégal). Chaque chapitre correspond à un pays et permet de replacer l'essor des musiques urbaines dans son contexte politique et social. Une riche iconographie (en particulier de superbes pochettes de disques) complète cet ouvrage passionnant.

 

L'année dernière, Florent Mazzoleni a consacré une biographie à "Salif Keita, la voix du mandingue", Editions demi-lune, 2009.

 

 

* Des disques.

 

- Les trois compilations Golden Afrique proposent sur 2CD une sélection de morceaux présentés dans un livret copieux et bien documenté. Le premier volet retrace l'évolution musicale dans quelques pays d'Afrique de l'ouest notamment le Mali, les Guinée (Bissau et Conakry), le Sénégal, la Gambie et la Côte d'Ivoire. La rumba congolaise et ses dérivés ont l'honneur de Golden Afrique 2, tandis que le 3 est consacré aux musiques de l'Afrique australe.

 

A l'occasion du cinquantenaire des indépendances, trois très beaux coffrets (commercialisés à des prix accessibles) permettent de se (re)plonger dans le patrimoine musical africain, d'une extraordinaire richesse et diversité. [Le terme musique africaine n'a d'ailleurs pas grand sens (parle-t-on de musique européenne?)]

 

 

- Le coffret Free Africa (Le Son du maquis) propose sur quatre disques une sélection éclectique, mais en même temps cohérente. Les artistes les plus illustres (Miriam Makeba, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora), côtoient des musiciens moins connus (les orchestres Super Biton du Biton du Mali ou Super Eagles de Gambie). Le coffret fait la part belle à la musique mandingue ou encore à l'éthio-jazz, au détriment de l'Afrique  anglophone ou lusophone, pas totalement oubliés néanmoins (Bonga). Accompagné d'un copieux livret rédigé par Florent Mazzoleni (par ailleurs chargé de la sélection musicale), nous vous recommandons chaudement ce bel objet.

 

- Le coffret Afriques indépendantes (1960-2010) sorti par Frochot Music dresse un panorama des musiques d'Afrique francophone en cinq disques: Afrique engagée ("Douze chansons littéralement historiques, douze chroniques inoubliables de l'accession de l'Afrique à son indépendance."), Mali et Guinée où Sékou Touré et Modibo Keita soutiennent les musiques nationales dans le cadre de la politique d'autenthicité, le Sénégal berceau du mbalax, enfin le Congo et son irrésistible rumba qui se diffuse sur l'ensemble du continent. Contrairement à ce que laisse penser l'intitulé de la compilation, la sélection se focalise avant tout sur les années 1960, 1970.

- Encore plus copieux, le coffret "Africa 50 years of Music" composé de 18 CD est annoncé pour début juillet sur le label Discograph.

 

 

La collection African Pearls (Syllart Productions) vaut largement le détour. Les copieux livrets (souvent rédigés par Florent Mazzoleni) offrent de nombreuses clefs politico-sociales permettant de mieux appréhender ces musiques. Le premier volet de la série "rumba on the river" s'intéresse aux très riches musiques congolaises, notamment la rumba dont Kabasela, l'OK Jazz, Tabu Ley Rochereau ou les Bantous de la capitale deviennent les représentants les plus populaires. Les deuxième et troisième volets consacrées aux musiques traditionelles de la Guinée et du Mali font la part belle aux djelis. Les volumes dédiés aux musiques sénégalaises et ivoiriennes soulignent la multiplicité des influences musicales dans la région (cubaine notamment), mais aussi l'attrait des studios d'Abidjan pour les musiciens des pays alentours.

La série se focalise désormais sur les années 1970 ("Electric Mali", "Guinée 70's: the discotheque years", "Congo 70's: Rumba rock"), période d'effervescence musicale extraordinaire pour toute l'Afrique de l'ouest. Le funk et la soul se mêlent alors aux rythmes traditionnels donnant naissance à des musiques authentiquement africaines à l'instar du mbalax sénégalais.

 

- "Authenticité: the syliphone years". Plongée dans le catalogue du label d'Etat Silyphone, instrument de la politique culturelle d'authenticité voulue par Sékou Touré qui entend promouvoir une nouvelle forme de musique populaire (entre tradition et modernité). Les grands orchestres nationaux et fédéraux de Guinée y brillent de mille feux.

 

- Analog Africa. Ce label exhume des pièces d'une grande rareté, mais toujours d'une grande qualité. Parmi les dernières sorties, citons deux très belles rééditions de morceaux de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou ou encore des compilations de funk béninois. Le blog du label propose l'écoute d'extraits de nombreux morceaux, mais aussi des podcasts.

- Ethiopiques. Certes l'Ethiopie ne fut pas colonisée, hormis la courte occupation italienne (1936-1941), mais son extraordinaire patrimoine musicale ne saurait être négligé. La collection Ethiopiques (Buda records) initiée par Francis Falceto, s'y emploie depuis plus de dix ans et compte désormais près d'une trentaine de volumes. Les livrets sont d'une remarquable précision et les belles découvertes constantes.

- Le label anglais Soundway ressuscite des trèsors oubliés. les rééditions font la part belle au highlife ghanéen (collection Ghana soundz) ou encore à l'Afro-beat (collection Nigeria special).

 


* Musiques et indépendances africaines sur la toile.

 

En cette année de commémoration, la musique au temps des indépendances n'est pas oubliée sur la toile. Voici quelques liens particulièrement intéressants (n'hésitez pas à nous signaler vos trouvailles sur le sujet):

 

1. Un dossier passionnant sur le site de RFI.

- Indépendance et musique: la Guinée sous le signe de l'authenticité.

- Côte d'Ivoire: l'eldorado musical.

- Sénégal: influences transatlantiques.

- Mali: indispensable culture.

- Cameroun: opposition de styles.

- Ghana, Nigéria, les années dorées.

 

 

2. Le site de la médiathèque de la communauté française de Belgique propose une présentation synthétique de quelques courants musicaux africains.

 

 

3. Florent Mazzoleni: "Les années 1970 ont été un laboratoire à ciel ouvert pour les musiciens africains" (Africultures).

 

 

 

 

4. Gérald Arnaud écrit régulièrement des articles sur Africultures. Citons parmi beaucoup d'autres:

- "Indépen-danses".

- "Saga Makeba 1 et 2" (Africultures). Bel hommage à "Mama Africa".

 

 

5 Le blog d'Elisabeth Stoudmann (journaliste à Vibrations) constitue une véritable mine pour tout amateur de musique africaine.

 

 

6. Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: “Un pays, une musique, un hymne” et de RFI: “L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains“. Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée “Horoya”; Sénégal: “Pincez tous vos koras, frappez vos balafons“; Cameroun: “le chant du ralliement“.

 

 

7. Sur la galaxie des blogs, la musique africaine occupe une place de choix grâce aux soins de quelques passionnés: Matsuli, worlservice et ses podcasts.

- Voodoo funk: la crème de la musique de l'Afrique de l'ouest sur ce blog extrêmement précieux qui propose des sélections de très grande qualité.

 

8. Le site de l'Afrique enchantée sur France Inter dont nous vous parlions ici.

 

 

 

Nos sélections:

Théoriquement tout fonctionne, mais si le lecteur met du temps à se lancer, cliquez sur "bande son des indépendances 1, 2, 3 ou  4 by bricabraque", vous serez dirigés vers notre page sur 8 tracks. 

 

 

Bande son des indépendances 1

 

1. Bembeya Jazz National: "Armée guinéenne". (Guinée C.)

Le Bembeya Jazz National est le groupe le plus célèbre des grandes heures de la musique guinéenne, au cours des années 1960. Sékou Touré utilise alors la musique comme une véritable arme de propagande et entend développer la politique de "l'authenticité". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de cette ode dédiée à l'armée nationale.

 

2.Orchestre de la Paillote (puis Keletigui et ses tambourinis): "Kadia blues". (Guinée C.)

La musique guinéenne s'impose rapidement comme une des plus belles et créatrice du sous-continent. La compagnie discographique d'Etat, Silyphone, diffuse de très beaux disques à l'instar de ceux de l'orchestre de la paillote devenu ensuite Keletigui et ses Tambourinis. Ce sublime instrumental met en valeur la trompette de Djigui Touré et  la guitare deLenké Condé à la guitare. Créé en 1964, le groupe doit son nom à un club de danse aux toits en paille (la paillote).

 

3. Miriam Makeba: "Lumumba".(Afrique du Sud/Guinée C.)

La chanteuse sud-africaine lutta tout au long de sa carrière contre le régime d'apartheid et le racisme en général. Réfugiée aux Etats-Unis, son soutien aux Black-Panthers l'oblige bientôt à s'exiler de nouveau, en Guinée-Conakry. Choyée par Sékou Touré, elle devient bientôt l'ambassadrice culturel de la Guinée à l'étranger et y enregistre quelques unes de ses plus belles chansons, en particulier cet hommage à Patrice Lumumba.

 

4. Bonga: "Mona Ngi Xica".(Angola)

En 1972, le chanteur angolais Bonga enregistre son premier album, le magistral Angola 72, sur lequel sa voix, éraillée et chaude, donne corps à la "saudade", sorte de blues africain lancinant aux accents teintés de mélancolie comme sur le somptueux Mona Ki Ngi Xica.

 

5. Super Mama Djombo: "Dissan na m'bera". (Guinée Bissau)

Cet orchestre de Guinée-Bissau fut pendant les dernières années de la colonisation portugaise, l'enseigne musicale du parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) mené par Amilcar Cabral. Comme en Guinée-Conakry et au Mali, une fois l'indépendance acquise, les autorités entendent s'attacher les services d'orchestres et promouvoir la musique moderne comme facteur important d'identité nationale.

Ce titre est chanté en kriol, synthèse de portugais et des langues locales, par Dulce Neves, seule femme du groupe. Il aborde de manière très critique les développements politiques après l'indépendance. L'orchestre réclame du gouvernement du respect pour ceux qui se sont battus afin d'obtenir la libération du pays. Le groupe reprend en cœur:" Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle." 

 

6. Stella Chiweshe: "Chachimurenga (future mix)".(Zimbabwe)

Stella Chiweshe, une des très rares femmes marizambira (un musicien animant les cérémonies familiales mbira, au cours desquelles les esprits des ancêtres sont appelés à s'exprimer par la bouche d'un médium, le joueur de mbira, le piano à pouce, à lames métalliques). Au cours des années 1980, elle accède à une carrière internationale qui lui permet de faire découvrir la musique shona dans le monde entier. Pour en savoir plus sur les chants de Libération de l'ancienne Rhodhésie du sud, cliquez ici.

 

7. Orchestra Baobab: "Jin ma jin ma".(Sénégal)

Un des orchestres phares des nuits dakaroises, particulièrement influencé par les musiques cubaines, comme ce fut souvent le cas dans la musique sénégalaise.

8. Papa Wemba. (Zaïre/RDC)

Avec son orchestre Zaïko Langa-Langa fondé en 1969, Papa Wemba bouscule les codes de l'ancienne rumba, dont le tempo s'accélère sous l'effet des guitares électriques et de la batterie. Très populaire, le chanteur à la voix puissante est aussi le "pape des sapeurs" (la Société des ambianceurs et personnes élégantes).

 

Bande son des indépendances 2

 

 

1. Maravillas de Mali: "Radio Mali". (Mali) Cet orchestre malien au son afro-cubain très prononcé fut justement formé à Cuba dans le cadre de laccopération culturelle avec le Mali de Modibo Keita qui opte pour le socialime une fois l'indépendance obtenue, tout en maintenant des liens importants avec la France.

 

2. Franco: "Café".(Zaïre/RDC)

Le principal rival du Grand Kalle (voir titre 2) reste Franco Luambo Makiadi (1938-1989), alias Franco. Ce monstre sacré de la rumba congolaise n'a que 11 ans à la mort de son père. S'entraînant sur des guitares de fortune, il devient très tôt un prodige de la guitare et attire les clients vers le stand de sa mère, vendeuse de beignets. À 17 ans, il fonde l'OK Jazz qui devint par la suite le TPOK Jazz (TP signifiant Tout Puissant). La devise de l'orchestre est "On Entre O.K. On Sort K.O.". C'est en effet sur scène, avec ses nombreux compères, qu'il donne le meilleur de lui-même. Il devient très vite l'attraction à Kinshasa et Brazzaville. Son  répertoire dansant aux paroles satiriques fait mouche auprès du public. Les filles raffolent du guitariste et le surnomment bientôt "Franco de mi amor".

 

3. OK Jazz Mujos: "Cuento Nama". (Zaïre/RDC) Encore une des nombreuses émanations de la formation vedette de Franco. Les cuivres subliment cet enregistrement des années 1960.

 

4. Gnonnas Pedro: Yiri yiri boum".(Bénin)

Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.

 

5. Miriam Makeba: "Djiguinira".(Afrique du Sud/Guinée C.) Encore un classique enregistré par "Mama Africa" lors de ses années guinéennes.

 

6. Tout-Puissant Orchestre Poly-rythmo de Cotonou: "Hwe towe hun". (Bénin)

L'orchestre star du Bénin fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Les musiciens associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues aux musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains).

 

7. Les Amazones de Guinée: "Samba"(Guinée C.) Cet orchestre guinéen est composé des membres de la brigade féminine de la gendarmerie de Conakry. Impossible de rester de marbre à l'écoute de ce morceau joué lors d'un concert à Paris au début des années 1980. Le groupe est toujours en activité.

 

8. Alpha Blondy: "Brigadier Sabari".(Côte d'Ivoire)

Le reggae jamaïcain interpelle de nombreux artistes africains notamment l'Ivoirien Alpha Blondy qui s'en sert pour transmettre ses messages. Cette chanson interprétée en daoula, pimentée de quelques mots français, évoque un passage à tabac par la police lors d'une "opération coup de poing".

 

Bande son des indépendances 3.

 

 

1. Les Bantous de la capitale: "Machette". (Congo Brazzaville)

Ce groupe fit les belles soirées des pistes de danse de Brazzaville grâce à sa rumba endiablée. Fondé en 1959, le groupe s'est reformé en 2004: belle longévité!

 

2. Franco et Sam Mangwana: "Coopération". (Zaïre / Angola)

Ces deux cadors de la musique congolaises se retrouvent en 1982  pour enregistrer ce très gros succès. Les fidèles auditeurs de l'Afrique enchantée reconnaîtront sans mal le générique de l'émission.

 

3. The funkees: "Abraka". (Nigeria)

Un morceau ultra funky des funkees, formation relativement obscure du Nigeria.

 

4. Geoffrey Oryema: "Land of Anaka". (Ouganda)

Un morceau tiré du premier album (1990) du chanteur ougandais: "Exile" (surtout célèbre pour la chanson "Ye ye ye" qui servait de générique à l'émission le "cercle de minuit").

 

5. N°1 de Dakar: "Yaye boye" (Sénégal)

Cet orchestre est une des nombreuses émanations du Star Band de Dakar (voir plus bas). Dirigé par Pape Seck, il regroupe de très grandes voix accompagnées par un trio d'instruments à vent.

 

6. Pat Thomas et Marijata: "I need more". (Ghana)

Une introduction irrésistible pour ce morceau de highlife ghanéen.

 

7. Fela Kuti: "No agreement Pt 2". (Nigeria)

Fela Hildegart Ransome est sans doute un des musiciens les plus influents du XXème siècle. Ce saxophoniste hors pairs naît en 1938, dans une famille bourgeoise nigériane, très engagée.

Il mélange jazz, rythm and blues aux musiques en vogue à ce moment là au Nigeria (highlife, ju-ju) au sein de son groupe, les koolas lobitos. En 1969, sa rencontre avec une militante noire des Black Panthers, Sandra Smith, l’influence considérablement. Il change le nom de son groupe qui devient Africa 70. Il chante désormais en pidgin (l’anglais du petit peuple), et plus en yoruba, afin d’accroître son auditoire, tout cela sur fond de cuivres envoûtants, de percussions hypnotiques, d’envolées de saxophone. Il donne ainsi naissance à l’Afrobeat. Enfin, il adopte un nouveau nom, celui de Fela Anikulapo (celui qui porte la mort dans sa gibecière) Kuti (qui ne peut être tué par la main de l’homme).

Dans ses chansons, il s’en prend aux militaires qui accaparent le pouvoir et imposent la dictature, mais dénonce aussi la collusion de ces derniers avec les grands groupes pétroliers étrangers, qui ont fait main basse sur l’or noir, ressource principale du Nigeria.

 

8. Les Ambassadeurs internationaux: "Mandjou" (Mali, Côte d'Ivoire...).

 En 1973,  le Malien Salif Keita quitte le Rail Band (voir ci-dessous) et intègre les Ambassadeurs du Motel (les musiciens se qualifient ainsi car ils sont de différentes nationalités). Il y rencontre le compositeur-guitariste guinéen Kanté Manfila, début d'une fructueuse collaboration.

En 1978, les Ambassadeurs (devenus Internationaux) s'installent à Abidjan, la nouvelle capitale culturelle de l'Afrique de l'Ouest, qui éclipse progressivement Conakry. Ils y enregistrent l'album Mandjou. Dans le titre éponyme, Salif loue Sékou Touré et les membres de sa famille. L'écho du morceau est énorme dans toute l'Afrique de l'Ouest.

 

Bande son des indépendances 4:

 

 

1. OK Jazz: "Liwa ya wech" (Zaïre / RDC). Voir ci-dessus.

 

2. African Jazz: "Table ronde" (Zaïre / RDC).

Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba, y introduisant également tumbas et trompettes. Jusqu'en 1963, l'ensemble établit les canons de ce style raffiné sur des paroles très romantiques. Sa musique puise dans les répertoires des danses cubaines telles que la charanga, le bolero, le cha-cha-cha, le mambo... Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. L'African Jazz attire donc très vite les nombreux talents du pays comme Nico Kasanda, alias  Dr Nico, ou le grand chanteur Tabu Ley Rochereau.

Lors de la réunion de la table-ronde organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, le gouvernement belge et les leaders congolais négocient les conditions d'obtention de l’indépendance du Congo belge, Patrice Lumumba prend dans ses bagages les musiciens de l’African jazz. Dans la foulée du morceau 'indépendance cha cha', Kabalese compose ce titre consacré aux pourparlers de la Table Ronde.

 

3. Star Band n°1 de Dakar: "Guajira Van".

Le plus connu des orchestres sénégalais voit le jour en 1960, année de l'indépendance. Il met le feu aux poudres du club Miami grâce aux instruments amplifiés et à une section de cuivre efficace. Le répertoire est composé de musiques cubaines particulièrement appréciées dans le pays: cha-cha-cha, pachanga, rumba... A partir du début des années 70, les influences locales (peulh, malinké, wolof) s'impose avec l'apport d'instruments traditionnels tels que les tambours sabar et tama.

 

4.Tabu Ley Rochereau: "Tabalissimo".

Autre classique congolais interprété par le rossignol congolais. Ce remarquable chanteur racontait qu'il avait dû apprendre des rudiments d'espagnol afin de pouvoir intégrer l'African Jazz de Kabasele. Dans les années cinquante, vouloir faire carrière sans maîtriser la langue des Cubains était impensable...

 

5. Jaliba Kouyate: "Amilcar Cabral".

Morceau plein de fièvre en hommage à Amilcar Cabral.

 

6. Rail Band: "Madi guindo".

H. Lee dans le livret d'une réédition en l'honneur du Rail Band revient sur l'importance du groupe: "le Rail Band, c'est bien autre chose qu'un orchestre de bal comme la période des indépendances en produisit des centaines. C'est le laboratoire où s'élaborèrent, tout au long de trois décennies, les fusions qui font aujourd'hui la musique de l'Ouest africain. Des dizaines de chanteurs et de musiciens y ont fait carrière. Tous les styles en vogue s'y sont croisés, du jazz à la pop internationale, du classique mandingue au folklore bambara, de l'afrobeat au soukouss congolais. "

 

On doit la formation de cette institution à Aly Diallo chef de gare et priopriétaire du buffet-hôtel de la gare de Bamako. Afin d'offrir à sa clientèle des divertissements dignes de cenom, il charge le multi-instrumentiste Tidiani Koné de former un orchestre. Il recrute un orchestre de Dar-Es-Salam, qui constitue l'ossature de la formation. C'est lui aussi qui parvient à convaincre un jeune albinos surdoué: Salif Keïta. Bien que dans une situation très difficile (il dort sur un bout de carton avec les SDF de la ville), il rechigne à intégrer le groupe. C'est que Salif est un Keïta, un membre de l'ancienne famille royale et il ne veut pas salir son nom prestigieux en chantant pour de l'argent. Mais, Tidiani parvient tout de même à convaincre Salif Keïta qui fait ses premiers assais en 1970. Très vite, il devient le chanteur le plus aimé du public malien.

 Le répertoire du groupe est très varié afin de séduire tous les publics. En tout cas, Salif Keïta se spécialise dans ce que l'on appelle à l'époque le "folklore modernisé", c'est-à-dire les grands thèmes malinkés arrangés à la guitare, célébrant notamment les héros de la tradition comme Sundjata Keïta.

 

 

7. Ali Farka Touré et Toumani Diabaté: "Kala djula".

Extrait du sublime dernier album enregistré par Ali Farka Touré (il meurt quelques mois plus tard en 2006) avec Toumani Diabaté, virtuose de la kora.

 

 

8. Bonga: "Sodade".

 En 1974, Bonga enregistre l'album "Angola 74" à Paris où il vient de s'installer. Il y reprend un classique, Sodade, sur un thème universel, celui du mal du pays. Ce morceau sera popularisé 20 ans plus tard par Cesaria Evora.

 

Staff Benda Bilili: "Très très fort!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!".

par blot Email

 

Coup de projecteur aujourd'hui sur la musique jubilatoire de ce groupe congolais composé de huit Kinois malmenés par l'existence: le Staff Benda Bilili ("regarde au-delà des apparences" en lingala). Depuis une dizaine d'années, ces handicapés animent les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk jamesbrownien et de mélodies cubaines.

 

Ricky, le meneur-chanteur du Staff, Koko, le guitariste aérien, Théo, Djunana, Kabosé, Cavalier, Zadis et le benjamin Roger (18 ans),connaisent la capitale de la RDC comme leurs poches. Ils sillonnent la ville sur leurs improbables motos customisées et adaptées à leurs handicaps respectifs. Mis à part, leurs activités musicales, ils continuent de survivre grâce au système D et à des activités plus ou moins licites (trafics de cigarettes ou de boissons..). Mieux vaut en tout cas ne compter que sur soi dans cette métropole qui s'est développée de manière anarchique. A l'indépendance, en 1960, la ville comptait 400 000 habitants, 1 million dix ans plus tard et huit fois plus aujourd'hui. Dans une récente enquête menée par Médecins du monde, on peut lire: "Elle (Kinshasa) exerce un énorme pouvoir d'attraction et continue à absorber les populations rurales à un rythme soutenu, mais il semble que la seule chose qui se soit développée soit le sous-développement lui-même." La ville, en état de désagrégation continuelle, manque de tout: routes asphaltées, eau courante, électricité, égouts...

 

Entre 30 000 et 50 000 enfants abandonnés sillonnent la ville, en quête de moyens de survie, enchaînant les petits boulots (cireurs, gardiens de voitures, vendeurs à la sauvette) ou les menus larcins. On les appelle les shégués. L'origine du nom n'est pas claire. Pour certains, il s'agit d'une contraction de Che Guevara, qui enrôla de nombreux enfants soldats dans son armée lorsqu'il vint, avec quelques barbudos, tenter de créer un foyer révolutionnaire au Congo. Pour les autres, c'est une référence ironique à l'espace Schengen, qui a bloqué l'accès à l'Europe pour de nombreux Congolais. Roger, le plus jeune membre du Staff, était un de ces shégués lorsqu'il fut repéré par Ricky, en 2005. Ce dernier prit l'ado sous sa protection et fut immédiatement séduit par sa maîtrise d'un instrument de son invention, le Satongué, composé d'une corde, d'une boîte de conserve et d'un arc en bois.

 

Par chance, le groupe fut repéré par deux jeunes Français vivant à Kinshasa, fondateurs d'une société de productions vidéos, la Belle Kinoise. Ils convainquirent Crammed discs, un label indépendant belge, de signer le Staff. Aussitôt, les musiciens enregistrèrent leurs chansons avec du matériel de fortune dans le zoo de Kinshasa. Ainsi, il nous est désormais possible d'écouter leur disque "Très très fort" en Europe (le cri de ralliement du Staff). De fait, rarement un album a aussi bien porté son nom. Loin de tout misérabilisme, il propose une poignée de titres bourrées d'invention et d'énergie. Une musique tout bonnment irrésistible.

 

Sources:

- Article de Yann Plougastel pour Le Monde 2 du 11 avril 2009.

 

Liens:

 - le site Myspace du Staff.

- Présentation de l'album sur Crammed discs.be.

- Africamix: "Staff Benda Bilili, stars de Kinshasa la déglingue".

- Africamix: "benda Bilili, perles musicales des rues de Kinshasa".

Kinshasa 1974: Mohammed Ali vs George Foreman.

par blot Email

 

Affiche du combat.

 

On doit la tenue de ce match exceptionnel, à Kinshasa, en 1974, au fantasque Don King, un jeune promoteur sorti de prison trois années auparavant. Il parvient à  réunir la somme fabuleuse de 10 millions de dollars nécessaires à l'organisation de l'événement. L'affiche proposée fait saliver tous les amateurs de boxe puisqu'elle oppose George Foreman, le champion du monde poids lourd, alors invaincu, à Mohammed Ali, le plus médiatique des boxeurs, qui tente de revenir au plus haut niveau, après deux échecs. 

 


Le choix de la capitale zaïroise comme théâtre du combat ne manque pas de surprendre les observateurs.
Il revêt en tout cas une
forte symbolique et politique. Nous sommes alors en pleine période d'affirmation du Tiers-Monde. Par ailleurs, ce déplacement en Afrique ne peut que séduire un champion comme Ali, attaché aux valeurs panafricaines.
 Muhammad Ali débarque le 11 septembre à Kinshasa. Il y bénéficie d'une extraordinaire popularité et les jeunes Kinois prennent d'emblée fait et cause pour lui.
Cet accueil enthousiaste constitue un choc et une révélation pour Ali qui lance : "Je suis ici chez moi ". Invité par Mobutu, il poursuit : "Mr le président, je suis citoyen américain depuis 32 ans, et je n’ai jamais été invité à la Maison Blanche, soyez assuré de l’honneur d’être convié à la Maison Noire".

 

George Foreman et son chien loup (BE059352| Standard RM| © Bettmann/CORBIS).


 L'accueil des Zaïrois ne semble pas de trop pour le boxeur dont tous les spécialistes annoncent la déroute. Foreman a écrasé deux des précédents vainqueurs d'Ali (Frazier et Norton qu'ils terrasse en moins de cinq minutes alors qu'il avait fallu 24 rounds à Ali pour en venir à bout!). A 25 ans, ce colosse semble invincible. Au contraire, Ali paraît sur le déclin, son dernier titre de champion remonte à 7 ans, face à Sonni Liston. Il tente bien de se rassurer en multipliant les déclarations fracassantes
: " Foreman est lent et ses pieds sont plats. Tout le monde croit qu’il va m’anéantir ! Vous n’avez pas retenu la leçon face à Liston ? Je vais quitter la boxe comme j’y suis entré : avec fracas, en détrônant un monstre invincible ! Vous qui croyez que Foreman va me punir ! Je vais démontrer pourquoi votre George ne peut pas me battre. Ce combat ne sera pas seulement le plus grand événement de la boxe : il sera le plus grand événement de l’histoire : le plus important cataclysme jamais vu et pour ceux qui ignorent tout de la boxe : le plus grand des miracles !". Dans son for intérieur, il semble pourtant terrifié.



 



Seulement voilà, la préparation de Foreman est profondément bouleversée par une blessure à l’arcade. Le combat risque même de ne pas avoir lieu. Ali a beau jeu d'affirmer que son adversaire se dégonfle. Finalement, l'affrontement sera repoussé de cinq semaines (
les deux champions s'engagent également à rester sur place dans l'intervalle), le temps pour Foreman de se démoraliser dans un environnement qui lui est hostile. D'une part, il redoute la chaleur et l'humidité du climat zaïrois. D'autre part, il ne comprend pas l'hostilité de la population à son égard: "Je suis deux fois plus noir qu’Ali, et pourtant les gens ici ne m’acclament pas !" Ce désamour a plusieurs origines. D'abord, il ne peut rivaliser avec le "frère d'Amérique". Ali dispose en effet d'une côte de popularité inouïe et sa vivacité tranche avec le côté "nournours placide" de Foreman. Ensuite, son arrivée sur le tarmac de l'aéroport avec un berger allemand rappelle de très mauvais souvenirs aux Zaïrois. Les autorités coloniales belges utilisaient en effet ces chiens pour réprimer.

 


Acculé dans les cordes, Ali encaisse les frappes très lourdes de Foreman pendant les premiers rounds du combat.

 

Quoi qu'il en soit, le 30 octobre 1974 à 3 heures du matin (cet horaire permettait la retransmission à une heure de grande écoute aux Etats-Unis), les deux hommes entrent sur le ring. Dès son entrée dans le stade, Foreman comprend qu'il aura fort à faire face à un adversaire porté par 80 000 spectateurs qui chantent "Ali, Buma Yé !" (Ali, tue le !). Une fois que le gong retentit, Foreman se lance dans la bataille et prend incontestablement le dessus sur son adversaire qu'il parvient à acculer dans les cordes. Ali ne pourra donc pas "danser, voltiger" comme il s'y attendait. Il encaisse et encaisse les violentes frappent de Foreman dans le ventre. Son endurance et sa résistance sont d'autant plus remarquables que les observateurs avaient été impressionnés par la marque des poings de Foreman sur le punching ball lors de l'entraînement. Si Ali a du mal à masquer sa douleur, il tient bon. Le long travail de sape psychologique de son adversaire se poursuit puisqu'Ali ne cesse de le provoquer et de l'insulter lors des corps à corps: "C’est ton meilleur coup Georges ? Tu n’as que cela à m’offrir ? Tu es une fillette !".

 

Ali multiplie les provocations et ne cesse d'insulter Foreman, avant et durant le combat.

 

Foreman continue à cogner, mais il ne parvient pas à faire chuter Ali. Le combat se prolonge inhabituellement pour le Texan. Pour la première fois, un adversaire dépasse le quatrième round. Ses assauts semblent de plus en plus mal coordonnés et perdent en puissance. La moiteur de la nuit kinoise n'arrange rien. Au fond, il s'épuise sans succès. Il perd en lucidité et relâche sa défense, ce qui ne pardonne pas face à la "guêpe" Ali. Au cours du 8ème round, une droite fulgurante envoie le champion du monde au tapis. Sonné, il ne peut reprendre le combat. La foule exulte. Ali remporte ainsi son pari fou et se replace au sommet de la boxe mondiale.




Ali avec le dictateur zaïrois, Mobutu.
 

Foreman mettra de nombreuses années avant de se remettre de cette défaite. Il reste incrédule face à la défense d'Ali:
"J’ai livré les coups les plus puissants de ma vie. Ils auraient mis le monde entier KO". Il abandonnera même la boxe plusieurs années, avant de récupérer son titre à 46 ans, plus de vingt ans après le combat de Kinshasa. Aujourd'hui, George Foreman jouit d'une belle popularité et il a réussi sa reconversion (qui ne connait pas les fabuleux grills George Foreman?). Il mérite beaucoup mieux que l'image de colosse un brin limité qui lui a longtemps collé à la peau.


Ali, quant à lui, tient sa revanche et le fait savoir dès la sortie du ring: "Rampez connards de journalistes, je vous avais dit que ce type n’était rien ! Ne me donnez jamais plus perdant jusqu’à mes 50 ans..."
Les organisateurs peuvent se frotter les mains. Ce match est un immense succès. PDes millions de téléspectateurs ont regardé la rencontre. Don King réussit son coup de poker et s'installe aux commandes du boxing business. Mobutu, l'hôte des sportifs, ne lésine pas sur les moyens et utilise l'organisation de cette rencontre comme outil de propagande. Un festival musical eut d'ailleurs lieu avant le combat. Tout le gratin de la musique noire americaine et africaine était présent: BB King, James Brown, The Spinners, les as de la Fania All Stars (video ci-dessous) mais aussi l'Ok Jazz de Franco, Zaiko Langa Langa ...

 


Néanmoins, pendant ces festivités, les affaires courantes se poursuivent comme le rappelle l'excellent documentaire When we were kings. Ainsi, alors même que l'affrontement a lieu, on continue de torturer dans les geôles kinoises, dont certaines se situent sous le stade...

 

La fine fleur du funk et de la soul a fait le voyage à Kinshasa. Ici, un James Brown moustachu.

 

Approfondir:

 

- Le livre de Norman Mailer: "Le combat du siècle" qui retrace toute la tension et l’ambiance extraordinaire qui a précédé le match de Kinshasa.


 

-  On retrouve Norman Mailer dans le documentaire When We Were Kings qui se focalise sur le combat titanesque de 1974 (ci-dessus un extrait, autour du fameux 8ème round au cours duquel Foreman va au tapis).L'intérêt du documentaire réside surtout dans la mise en perspective du combat. Le réalisateur revient largement sur le contexte africain du combat et met en évidence le choc culturel que constitue ce voyage des deux boxeurs en Afrique. Au-delà des simples déclarations de solidarités avec ses frères de couleurs, Ali découvre un pays et des populations dont il ne connaissait manifestement pas grand chose. 

 

Liens:

- Hommages musicaux à Mohammed Ali.

Histoire du Congo en musique 2: hommages à Patrice Lumumba.

par blot Email

 

Caricature de Tim exécutée après l'assassinat de Lumumba. Il y insiste sur son engagement panafricaniste.

 

Dans ce deuxième volet consacré à l'histoire du Congo en musique. Nous nous intéressons à Patrice Lumumba. Sa mort plonge dans la consternation de nombreux Africains. Les musiciens et chanteurs rendirent très très tôt hommage au Congolais. Ce que nous allons vérifier ici.

 

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Dans son ouvrage "Congo, terre d'avenir" qu'il écrit en 1956, il se place dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. A partir de 1958, il infléchit son discours et participe à la formation du Mouvement national congolais (MNC). Cette même année, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain.

Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable dans le contexte de la décolonisation du Congo. En 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui aboutissent à l'indépendance du Congo.

En mai 1960, son parti remporte la victoire aux élections. D'emblée, il s'oppose aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Il devient le premier ministre du président Kasavubu du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin 1960. En présence de Baudoin, le roi des Belges et de nombreux autres dirigeants internationaux, Lumumba se lance dans un discours courageux qui sera très peu apprécié par l'ancienne puissance coloniale (ci-dessous). Il y rappelle en effet les dégâts provoqués par le colonialisme. Il se créé à cette occasion de nombreuses inimitiés.

 

 

 

Très vite, les rapports se tendent entre Kasavubu et Lumumba. Très vite ce dernier se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre, en tant que premier ministre, très limitées. Le pays a très peu de cadres formés. Les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la rébellion sécessioniste du Katanga plongent le pays dans une période de chaos. Désemparé, il en appelle à l'ONU, en vain. Il se tourne alors vers l'URSS. Les puissances occidentales, Belges et Américains notamment, voient donc en lui un communiste. Dans le contexte de la guerre froide, cela n'est pas bon pour Lumumba. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Il est trahi par son chef d'état-major, Mobutu. Le 3 décembre, ce dernier lance à la radio: "Au nom de l'armée nationale, je peux vous dire que monsieur Lumumba est un homme fini. La chasse à l'homme est ouverte. Les soldats de Mobutu traque l'ancien premier ministre à bord d'hélicoptère grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 3 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga, qui le fait assassiner en janvier 1961.

 

 

Le corps de Lumba et de ses partisans sont déterrés et leurs corps plongés dans de l'acide sulfurique, fourni par l'union minière du Katanga, toujours aux mains de belges.

 

Lumumba est considéré au Congo comme le premier comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. Le courage et l'assassinat de Lumumba l'ont placé au panthéon des martyrs de l'Afrique

 

 

Les musiciens et chanteurs rendirent très très tôt hommage au Congolais. Plusieurs facteurs expliquent sans doute ce phénomène. D'abord, les musiques congolaises furent particulièrement populaires dans tout le continent, notamment l'indépendance cha cha de l'African Jazz, dans laquelle Lumumba est à l'honneur. Très tôt, il s'impose comme un leader charismatique populaire bien au delà des frontières du Congo. Son africanisme contribue également à le rendre très populaire dans toute l'Afrique noire, mais aussi auprès de nombreux Afro-américains. Enfin, sa mort particulièrement atroce fit de lui un véritable martyr.

Ci-dessous, une petit sélection de morceaux composés en l'honneur de Lumumba. La liste qui suit prouve que l'aura du leader nationaliste dépasse très vite le cadre du Congo.

 

 

 1.Miriam Makeba: "Lumumba". La chanteuse sud-africaine lutta tout au long de sa carrière contre le régime d'apartheid et le racisme en général. Exilée aux Etats-Unis, son soutien aux Black-Panthers l'oblige bientôt à s'exiler de nouveau, en Guinée-Conakry. Elle y est choyée par Sékou Touré, héros de l'indépendance qui se transforme très vite en un dictateur cruel. Makeba ferme les yeux sur les violences et multiplie les louanges musicales à Touré. Elle devient bientôt l'ambassadrice culturel de la Guinée à l'étranger.

Le discours téméraire de Lumumba lors de l'indépendance du Congo renvoie au non de Sékou Touré lancé à la figure de de Gaulle en 1958. Par ailleurs, les deux hommes se sont déjà rencontrés à Accra en 1958.

 

2. African Jazz (Vicky Longomba): "Vive Parice Lumumba". Nous l'avons vu dans l'article précédent, Grand Kalle, le meneur de l'African Jazz est un ami intime de Lumumba, dont il devient le secrétaire de l'information dans la jeune République du Congo. L'assassinat de Lumumba précipitera la dissolution de l'African Jazz. On assiste ici donc à son chant du cygne.


3. Franco et l'OK Jazz: "Lumumba, héros national". Franco et sa formation rendent ici hommage à Lumumba qui a été élevé au rang de "héros national" par ... Mobutu. Ce dernier n'hésite pas à utiliser l'aura et la popularité de Lumumba, qu'il a pourtant trahi et livré à Moïse Tschombé.


4. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba". Ce groupe britannique se fit connaître grâce à une poignée de morceaux bien sentis comme "Keep on running". Ici, on peut entendre un instrument débridé en hommage au "Verbe" (c'est ainsi que Césaire appelait Lumumba dont le talent oratoire était reconnu de tous).

 

5. Rico: "Lumumba dub". Le panafricanisme de Lumumba ne pouvait que séduire les rastas si attachés à l'Afrique, la "terre-mère". Le continent et ses leaders furent donc abondamment chantés. Ici, une version dub d'un morceau du trompetiste Rico Rodriguez.

 

6. Balla et ses balladins: "Lumumba". Un hommage par un des meilleurs orchestres guinéens, choyé comme Makeba par Sékou Touré.


7. Vincent Courtois et Ze Jam Afane: "L'arbre Lumumba". Une très belle chanson analysée avec brio par Etienne Augris sur l'Histgeobox (lien ci-dessous).

 

8. Maravillas de Mali: Lumumba". Le souvenir de Lumumba est ici chanté par les Maravillas de Mali, un orchestre malien formé à Cuba.

 

Pour compléter, rappelons que la simple évocation du héros par Dorothy Masuka dans sa chanson sobrement intitulée "Lumumba" en 1960, l'obligea à fuir l'Afrique du sud. Elle n'y reviendra qu'après 30 ans d'exil, une fois la page de l'apartheid tournée (pour en savoir plus sur Dorothy).

 

Plus près de nous, les rappers ne sont pas en reste comme l'attestent les morceaux "Souviens toi" du Camerounais Rasyn, "de Buenos Aires et Kinshasa" par Monsieur R et Kenny Arkana.

 

 

Annexe:

 

Discours de Patrice LUMUMBA, Premier ministre et ministre de la défense nationale de la République du Congo, à la cérémonie de l'Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960. (dans « Textes et Documents », no 123, Ministère des Affaires Étrangères, Bruxelles).

 

« A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cours, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

 

 

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C'est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.

 

 

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

 

 

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ?

 

 

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n'était jamais la même, selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

 

 

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu'un noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu'un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

 

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d'injustice ? Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cour de l'oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (...) ».

 

Source:

- Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", le Seuil, 2006.

- L'indispensable émission l'Afrique enchantée, sur France inter, consacrée au Congo.

 

Liens: 

Sur L'Histgeobox, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation à travers quatre titres.

* 121. Joseph Kabasele & l'African Jazz : "Indépendance cha cha cha" (1960)

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

* 52. Vincent Courtois et Ze Jam Afane : "L'arbre Lumumba" (2008)   Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo". L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

- Un portrait de Mobutu sur le blog de J.C. Diedrich: "Mobutu, le léopard de Kinshasa".

- La conférence de Berlin (1885) et le rôle de Léopold II, propriétaire du Congo à l'époque.

 

* Des échantillons de rumba congolaise à savourer:

- Congo fiesta sur le blog sea never dry.

- Un grand nombre de posts sur les musiques congolaises (Franco, dr Nico, Tabu Ley Rocherau) sur le blog world service.

 

* Afrisson, un très bon site sur les musiques africaines.

- Une chronologie avec en parallèle les évolutions musicales du Congo.

- Présentation de la rumba congolaise.

 

* Sur le Monde diplomatique.fr:

- Une chronologie sur l'histoire du Congo.

- Kinshasa, ville-pays.

 

L'histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise de pouvoir de Mobutu.

par blot Email

 

Franco Luambo Makiadi à 18 ans, en 1956.

 

Le Congo est la patrie de la rumba (musique connue sous le nom de soukous en Occident). Comme ailleurs en Afrique, la musique représente un des aspects essentiels de la vie politique, culturelle et sociale du Congo. C'est la rumba qui constitue la bande son du Congo lors du passage douloureux de la colonisation à l'indépendance.

 

 * Très riche musique congolaise.

 

Les musiques congolaises font danser toute l'Afrique depuis les années 1950, car les Congolais ont été pionniers dans les métissages en langue nationale. La rumba congolaise  mélange les chants aux tambours traditionnels, avec des musiques plus cuivrées arrivées de Cuba et des Antilles avec les marins, dont le rôle dans la transmission de nouvelles sonorités ne doit pas être négligé. Comme l'affirme le grand maître Franco: "la musique de la Rumba va du Congo à Cuba dans les coeurs et dans le souvenir des esclaves qui furent déportés là-bas." La musique de danse et le son cubain y furent épicés par les guitares amplifiées et des sections de cuivres dans la tradition de la soul. En fait, le terme rumba englobe d'autres styles latino et afro-cubains tels le son, le merengue, la pachanga, le cha cha cha, la biguine ou encore le boléro. Ces genres musicaux d'importation très populaires en Afrique centrale furent mixés avec les musiques de danses populaires locales comme la maringa, l'agbwaya et le soukous.

 

Traditionnellement, dans la musique congolaise, on distingue deux grandes écoles: l'African Jazz de Joseph kabasele et l'OK Jazz de Franco. Revenons sur ces deux institutions de la rumba congolaise.


                                                                                           Joseph Kabasele.

 

- Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba, y introduisant également tumbas et trompettes. Jusqu'en 1963, l'ensemble établit les canons de ce style raffiné sur des paroles très romantiques. Sa musique puise dans les répertoires des danses cubaines telles que la charanga, le bolero, le cha-cha-cha, le mambo... Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. L'African Jazz attire donc très vite les nombreux talents du pays comme Nico Kasanda, alias  Dr Nico, ou le grand chanteur Tabu Ley Rochereau (dont nous reparlerons bientôt).

 

Sur le plan politique, le Congo belge est alors le centre de nombreuses émeutes. Les nationalistes sont aux prises avec les forces coloniales belges. La situation à Léopoldville est intenable, les batailles et les arrestations se multiplient. Pour calmer le jeu, une conférence dénommée "Table Ronde" est convoquée à Bruxelles pour statuer sur le devenir de cette colonie belge. 

 

 

Lumumba lors de la Table ronde.

 

Comme nous l'avons vu sur L'Histgeobox, la popularité de Kalle lui vaut de faire partie de la délégation congolaise qui se rend à la conférence, en 1960. A cette occasion, il compose deux morceaux, dont le célébrissime et irrésistible "Indépendance cha cha cha". Le chanteur Tabu Ley Rocherau y égrène le nom des principaux acteurs de cette réunion au sommet (Lumumba, Kasavubu...). Chanté dans les trois langues véhiculaires du Congo, le lingala, le tshiluba, le kikongo, le titre servit de chant de ralliement dans tous les pays d'Afrique francophone qui accèdent à l'indépendance en cette même année 1960. Son titre "Table ronde", proche du précédent évoque cette fameuse conférence réunissant dans la capitale belge les autorités coloniales et les leaders nationalistes congolais.

 

 

 Au moment de l'indépendance, Kabasele fait partie des très proches de Lumumba. C'est d'ailleurs lors de la Table ronde, dans la capitale belge, qu'il enregistre Indépendance cha cha et Table ronde. Il joue aussi avec l'African Jazz lors des cérémonies d'indépendance du pays, le 30 juin 1960, devant le roi Baudoin et un parterre de dignitaires internationaux. Mieux, Kabasele devient le secrétaire de l'information de la République du Congo (qui devient "démocratique en 1966). Mais, comme nous le verrons, l'engagement politique de Kallé aura des revers.

 

 

 

- Le principal rival du Grand Kalle reste Franco Luambo Makiadi (1938-1989), alias Franco. Ce monstre sacré de la rumba congolaise n'a que 11 ans à la mort de son père. S'entraînant sur des guitares de fortune, il devient très tôt un prodige de la guitare et attire les chalands vers le stand de sa mère, vendeuse de beignets. À 17 ans, guitariste brillant, il fonde l'OK Jazz qui devint par la suite le TPOK Jazz (TP signifiant Tout Puissant). La devise de l'orchestre était "On Entre O.K. On Sort K.O.". C'est en effet sur scène, avec ses nombreux compères, qu'il donne le meilleur de lui-même. Il devient très vite l'attraction à Kinshasa et Brazzaville. Son  répertoire dansant aux paroles satiriques fait mouche auprès du public. Les filles raffolent du guitariste et le surnomment bientôt "Franco de mi amor".

 

 

L'OK Jazz lors de sa création, en 1956.

 

Comme pour l'African Jazz, une pléiade de musiciens se succèdent au sein de l'OK jazz. La plasticité des deux formations est grande et il n'est pas rare qu'un musicien débute dans une formation pour terminer dans l'autre (ces transferts sont montés en épingle par les médias qui font leurs gorges chaudes des tensions entre les deux formations stars). De 1956 à 1969, le chanteur Vicky Longomba s'impose comme l'autre personnalité marquante de l'OK Jazz. Cela dit, Brazzos (transfuge de l'African Jazz), Jean Serge Essous (fondateur des Bantous de la capitale), Verkys, contribuent eux aussi à la réputation de l'orchestre.

 

Certains musiciens de l'orchestre, Brazzos et Vicky Logomba, sont présents à la conférence de la Table Ronde précédemment évoquée. Comme Kalle, Franco donne de la voix pour Lumumba. Mais très vite, les événements l'invitent à se tourner vers d'autres mentors.

 

 

"Vive Patrice Lumumba" par l'African Jazz du Grand Kalle (1959-1960).

 

En effet, le nouvel Etat sombre vite dans le chaos. Le premier ministre, Patrice Lumumba est assassiné avec la complicité des militaires belges le 17 janvier 1961, sur ordre du président Kasavubu, avec le soutien actif du général Mobutu. Une guerre civile ravage alors le pays, jusqu'à ce que Mobutu s'empare du pouvoir, en 1965. Une fois son ami Lumumba assassiné, Kabasele tombe dans une relative disgrâce. Il dissout l'African Jazz en 1963. Pour autant, Tabu Ley Rochereau  pérennisera "l'école African Jazz" après la séparation de la formation.

 

 Ci-dessus, les premiers enregistrements de l'OK Jazz de Franco ("Merveilles du passé vol. 1, 1957-1959).

 

Franco comprend qu'il doit taire ses sympathies lumumbistes si il ne veut pas connaître un déclin similaire à celui du Grand Kalle. Il se tourne alors vers Moïse Tchombé, avant de se rapprocher de Mobutu qui lui apporte son soutien. En fait, il semble bien que ce soit le seul moyen d'assurer la pérennité de l'orchestre.

 

 

" Lumumba, héros national" par franco et l'OK Jazz.

 

L'assassinat de Lumumba fait de lui une véritable légende. On vante alors son courage. Il devient un des martyrs des décolonisations africaines, au même titre qu'Amilcar Cabral. Le discours qu'il prononce lors des cérémonies d'indépendance restera dans toutes les mémoires congolaises et Mobutu lui-même, pourtant impliqué dans la disparition de Lumumba, doit faire allégeance à la mémoire de son rival qui est élevé au rang de héros national en 1966.

 

Le prochain article de cette série sera justement consacré aux hommages musicaux à Lumumba... à suivre donc.

 

 

Sources:

- Livret de la compilation "Congo Rumba on the river", collection African Pearls chez Syllart, rédigé par François Bensignor.

- Le livret rédigé par Graeme Ewens pour la compilation Golden Africa vol. 2 consacrée aux musique d'Afrique congolaises (République Démocratique du Congo et Congo Brazzaville).

 

 

Liens: 

Sur L'Histgeobox, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation à travers quatre titres.

* 121. Joseph Kabasele & l'African Jazz : "Indépendance cha cha cha" (1960)

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

* 52. Vincent Courtois et Ze Jam Afane : "L'arbre Lumumba" (2008)   Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo". L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

- Un portrait de Mobutu sur le blog de J.C. Diedrich: "Mobutu, le léopard de Kinshasa".

- La conférence de Berlin (1885) et le rôle de Léopold II, propriétaire du Congo à l'époque.

 

* Des échantillons de rumba congolaise à savourer:

- Congo fiesta sur le blog sea never dry.

- Un grand nombre de posts sur les musiques congolaises (Franco, dr Nico, Tabu Ley Rocherau) sur le blog world service.

 - La genèse de l'OK Jazz sur Afriquechos.ch.

- La rumba congolaise sur RFI.com

J'aime bien- Mars '09 (Augmix # 7)

par Aug Email

  • Commençons par le rappeur/slammeur du Neuhof qui a sorti en fin d'année 2008 l'album Dante. Abd Al Malik vient d'être récompensé aux Victoires de la Musique. Je vous ai sélectionné trois chansons. La première, "Lorsqu'ils essayèrent" évoque la mémoire de Malik Oussekine, jeune tué par la police en 1986 suite aux manifestations contre le projet de loi Devaquet. Avec cette chanson, Abd Al Malik retrace le portrait d'une génération grandie pendant les années 1980. Je vous en reparle prochainement sur l'histgeobox.
  • Autre titre que j'aime beaucoup "Le Marseillais" qui raconte l'histoire d'un Marseillais exilé à Strasbourg. En toile de fond, un sample de Serge Reggiani que je trouve superbe, je vous ai mis l'original, c'est "Le Petit Garçon" (1966).
  • Enfin voici le clip de "C'est du lourd", une chanson magnifique en hommage aux héros anonymes du quotidien [dédiée à F.A., gros bisous]
 

Abd Al Malik - C'est du lourd ! envoyé par AbdAlMalik

 
  • Passons en Afrique avec la chanteuse malienne Oumou Sangaré dont on parle beaucoup en ce moment, y compris sur mondomix. Voyez son portrait dans Libé.

 

  • Afrique toujours avec le collectif Bisso na Bisso, formé en 1998 par des musiciens français d'origine congolaise. Bisso na Bisso signifie "entre nous" en lingala, l'une des langues principales du Congo. Parmi les membres de ce collectif en sommeil depuis un moment, le rappeur Passi. Ils avaient sorti un album intitulé Racines dont voici un extrait.
  • Passi, ancien du Ministère Ämer et du Secteur Ä, a enregistré plusieurs titres avec Wyclef Jean des Fugees. Parmi ceux-ci, je vous ai choisi "Paris On Fire" extrait de l'excellent album Carnival Vol. II : Memories Of An Immigrant de Wyclef dont je vous ai déjà parlé ici. Ils y abordent les émeutes de 2005 en France.
  • Si Wyclef, originaire d'Haïti, représente Brooklyn, Public Enemy, vient de la banlieue de New York, plus précisément de Long Island. Je vous ai sélectionné l'un de leurs morceaux les plus fameux : "Fight The Power". Son histoire et l'itinéraire du groupe des "prohètes de la rage" dans le 5ème épisode de la petite histoire du rap qui leur est consacré.
  • Après New York, Chicago, territoire du rappeur Common qui dans le titre "I Used To Love H.E.R.", sorti en 1994 dans l'album Resurrection, nous raconte le rap tel qu'il l'a découvert et l'a vu évoluer.
  • Terminons par l'un des groupes les plus connus au monde : U2. Le groupe de rock irlandais vient de sortir l'album No Line On The Horizon. Je vous ai choisi la chanson-titre. A écouter également, l'une des chansons les plus connues du groupe "Sunday Bloody Sunday" qui évoque l'un jour les sombre de l'histoire récente de l'Irlande du Nord, le massacre de manifestants républicains pacifistes par les parchutistes britanniques en 1972 à Derry/Londonderry.

 

 
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Les rappeurs dénoncent les "diamants du sang"

par Aug Email

Les matières premières semblent pour certains pays une malédiction alors qu'ils devraient permettre le développement. Derrière beaucoup de conflits qui déchirent les pays africains, la lutte pour l'appropriation des richesses est à la fois une fin et un moyen. La captation et le pillage des ressources se font grâce à la force et servent à entretenir des groupes armés aux intentions criminelles. Il en est ainsi de la République démocratique du Congo, dont je vous ai déjà parlé grâce à Baloji ou encore de l'Angola pour le diamant. Autre cas dramatique, toujours à propos du diamant, celui de la Sierra Leone.
 
 

 

[Photo de Sylvain Savolainen : Des diamants découverts en Sierra Leone]

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