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Entretien avec Borris, l'auteur de Lutte majeure.

par blot Email


Pour prolonger la lecture du post de l'histgeobox consacré à la 7ème symphonie "Léningrad" en Ut majeur, de Chostakovitch, nous vous suggérons de lire la passionnante BD consacrée à l'histoire de cette symphonie : Céka et Borris, Lutte Majeure, Casterman (coll. Kstr), 2010.

 

Alors que le siège de la ville fait rage, Staline réclame la reformation de l'orchestre symphonique de Léningrad pour d'interpréter l'oeuvre que Chostakovitch vient d'achever. C'est à cet épisode un peu oublié que Borris et Céka s'intéressent dans leur remarquable Lutte majeure. L'ambiance graphique, sombre, témoigne admirablement des souffrances extrêmes endurées par la population civile, mais aussi des incroyables ressources qu'elle parvient à mobiliser dans sa résistance acharnée. L'intrigue de Céka, particulièrement prenante, nous fait dévorer d'une traite cette petite histoire humaine - celle de l'officier Vlakov et de la hautboïste Irina- qui s'insère avec bonheur dans la grande.

 

Nous avons posé quelques questions à Borris qui a eu la gentillesse de nous faire ces réponses éclairantes. Merci à lui.

 

 

1. Pouvez-vous revenir sur votre parcours personnel ?

 

Bac A3 option Arts plastiques, puis une maîtrise d’Arts plastiques à Paris I. J’ai commencé à dessiner des bandes dessinées courtes en 1999 pour le fanzine PLG puis dans des ouvrages collectifs aux éditions Petit-à-Petit. A partir de 2001, j’ai commencé à travailler comme illustrateur.


2. Qu'est-ce qui vous a décidé à consacrer un album au siège de Leningrad et à la 7ème Symphonie?

 

Le sujet vient de l’émission de radio « Là bas si j’y suis » diffusée sur France Inter en mai 2005 (rediffusion d’une émission de 1998).

La dernière rescapée des musiciens ayant donné ce concert symphonique à Leningrad pendant le blocus allemand témoignait au micro de Daniel Mermet et de Zoé Varier. Nous avons été très impressionnés à l’écoute de ce reportage qui utilise dans son montage des extraits sonores de la 7ème symphonie de Chostakovitch pour ponctuer une histoire incroyable, celle d’un orchestre composé de gens mourant de faim mais déterminés à résister jusqu’au bout au blocus.

L’envie de raconter ça en bande dessinée provient directement de l’émotion produite par ce témoignage. Quand je me suis dit que j’aimerais dessiner cette histoire, je ne savais même pas où se trouvait Leningrad et que cette ville s’appelait actuellement Saint-Pétersbourg.

 

3. Pourquoi avoir choisi de représenter les personnages sous les traits d'animaux?

 

Les lecteurs pensent souvent que le choix de ces animaux est symbolique. En fait non. Je dessine ces cochons anthropomorphes depuis longtemps, pour de tout autres sujets. Sur ce projet, j’ai essayé avec des humains mais cela ne fonctionnait pas. Cela manquait considérablement d’énergie et d’émotion… Cela donnait l’impression que l’on allait faire une énième BD historique sur un fait édifiant.

 

Le projet était autre. Nous voulions raconter l’histoire de la réalisation de ce concert en nous concentrant sur le courage immense de la population qui a donné vie à cette résistance civile.

Ce n’est donc pas l’histoire dans le sens d’une succession d’actes avérés que nous voulions faire passer mais plutôt ce qui relève pour nous du mythe dans cet acte collectif insensé. Nous n’avions d’ailleurs pas d’autre choix, nous ne sommes pas spécialistes de la période (nous ne sommes pas historiens) et nous ne parlons pas russe… Ce qui ne simplifie pas les recherches.

Le fait de dessiner des animaux nous a donc permis de nous libérer de l’historicité et de nous concentrer sur la fiction, l’émotion et le symbole que représente ce concert.

 

Qu’ils soient tous des cochons, russes ou allemands, permettait de ne pas en faire une fable mais de mettre tout le monde au même niveau, dans le même bourbier en réalité, afin qu’il n’y ait pas de hiérarchie mais juste une humanité en souffrance.

 

De cela découle un dernier avantage, cela permettait également, me semble-t-il, de mettre de la distance et de rendre moins violentes certaines réalités, comme celle du cannibalisme par exemple…


4. Vous mariez avec bonheur histoire et fiction. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre manière de travailler (sur quelles sources ?)

 

Céka s’est beaucoup documenté et a en particulier épluché « Les 900 jours, le siège de Leningrad » de Harrison E. Salisbury, un récit détaillé au jour le jour du blocus.

 

De mon côté, j’ai eu plusieurs fois de la chance dans les recherches iconographiques. Par exemple, la Maison des sciences de l’Homme a fait une exposition de photographies russes prises pendant le siège, ils avaient réalisé un site Internet très complet. Ces photos en noir et blanc ont pas mal conditionné le style graphique, très dense en noir.

Il y a également un film russe de 1957 sur le sujet, la Symphonie de Leningrad d’un réalisateur nommé Agranenko. Nous avions repéré cela sur Internet. Il n’y a qu’une copie du film en France, et le distributeur est à dix minutes de chez moi et a eu la gentillesse de nous prêter une cassette vidéo. Grâce à cela, je pense que les vues de la salle de la Philharmonie où s’est déroulé le concert sont assez proches de la réalité.

 

Pour répondre à votre question plus précisément, il n’y a aucune méthodologie de notre part. Les sources étaient multiples et tout compte fait assez désordonnées... Pour essayer de faire des parcours crédibles dans la ville, j’ai passé quelques journées sur Google Earth, armé de plans de Saint-Pétersbourg. J’avais également des photos prises par des russes sur place à qui j’ai pu faire quelques commandes, notamment pour la Maison de la radio dont je ne trouvais pas trace sur internet.

 

5. Pouvez-vous revenir sur votre collaboration avec Ceka ? Quels sont vos rôles respectifs ?

 

Céka est le scénariste de l’histoire. Nous nous sommes rencontrés lors de la réalisation d’une petite bande dessinée courte dans un ouvrage collectif chez Petit-à-Petit « Jules Verne en Bandes dessinées ».

Il avait envie depuis longtemps de travailler sur la période du Blocus de Leningrad car il avait vu un reportage télévisé qui l’avait beaucoup marqué. Je crois que l’idée de mettre en image la route du lac Ladoga l’intéressait fortement.

Pour Lutte Majeure, il m’a envoyé le scénario découpé au fur et à mesure en 4 parties (si mon souvenir est bon). Je dessinais et faisais les recherches visuelles au fur et à mesure également.

 

6. Enfin quels sont vos projets ?

 

Pour l’instant pas de projet signé en bande dessinée, je gagne ma vie en faisant de l’illustration. J’apprends à faire du scénario et développe dans un blog, sous forme de strips, la vie d’un cochon assis sur un hippopotame, perdus dans la Brie. (Hippolyte et Jérémie).

 

 

Liens:

- Le site de Borris.

- Bar à BD.

- Céka revient sur la symphonie de Chostakovitch.


Les hymnes ont une histoire: Union soviétique, puis Russie.

par blot Email

Affiche de propagande soviétique. Soldat de l'armée rouge terrassant la "vipère fasciste".

 

Jusqu'en 1944, l'hymne soviétique restera l'Internationale. Cependant, depuis l'année précédente, donc en pleine guerre contre le nazisme, Staline avait décidé de doter le pays d'un nouvel hymne. Cette décision s'inscrit dans l'exaltation patriotique d'alors, le "petit père des peuples" ayant joué à fond cette carte afin de remobiliser les Soviétiques malmenés au cours des premiers mois du conflit. Staline convoqua donc au Kremlin poètes et musiciens officiels. Après avoir rejeté 27 textes et plusieurs mélodies, il choisit une musique d'Alexandre Alexandrov (qui est aussi le fondateur des choeurs de l'Armée rouge). Pour les paroles, il retint un texte du poète officiel de l'époque Sergueï Mikhalkov. Ce dernier y loue les mérites de Lénine et surtout des Staline, puis il évoque également la grande guerre patriotique que l'URSS livre alors à la Wehrmacht: "Notre armée est sortie renforcée des combats / Nous libérerons notre pays de ses vils envahisseurs !".

 

Cet hymne eut une histoire mouvementée et fut modifié avec la destalinisation, avant de servir de base à l'hymne russe. Nous revenons sur ces adaptations sur l'histgeobox.

Des effets de la crise sur la hauteur des gratte-ciels

par Aug Email

Si la hauteur des bâtiments n'est pas toujours signe de puissance en Europe (à part à Londres et à Francfort peut être), tel n'est pas le cas dans la plupart des métropoles du monde entier.

Au contraire, il semble bien que la verticalité soit le moyen d'affirmer l'orgueil d'une cité et de ses habitants les plus riches. Ces dernières années, les projets les plus fous ont donc été imaginés ou ont surgi de terre. Quelques exemples, le Shanghaï World Financial Center ou le Burj Dubaï qui n'est pas encore achevé (photo ci-contre). La géographie des constructions récentes ou envisagées épouse d'ailleurs assez bien celle des pays émergents (Chine, Emirats-Arabes-Unis, Russie).

 

Oui mais voilà, l'heure est plutôt revenue à la modestie avec la crise financière et économique qui s'étend de jour en jour.

Certains projets sont ainsi gelés en attendant des jours meilleurs et certaines constructions interrompues. Ainsi, la construction du plus haut immeuble d'Amérique latine vient d'être suspendue à Santiago au Chili. Le Costanera Center, devait être inauguré en 2010 mais le chantier s'est arrêté aux deux-tiers des 300 mètres envisagés. La tour ne sera donc probablement pas achevée pour les célébrations du bicentenaire du pays, dont la lutte pour l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne débuta en 1810.

Autres gratte-ciels dont la construction est interrompue, la Tour de la Fédération de Russie à Moscou, la Tour Nakheel à Dubaï et la Tour Spire à Chicago.

 

Quelques projets suffisamments avancés sont pourtant menés à bien. Exemple, la tour Trump à Chicago dont l'antenne a été installée le 3 janvier. Le bâtiment devient le 2ème de la ville (et des Etats-Unis) en hauteur derrière la Sears Tower et devant le John Hancock Center que l'on aperçoit sur la vidéo que vous pouvez regarder ci-dessous.

 

Pour se repérer dans tous ces projets et comparer les hauteurs des différents gratte-ciels (avec ou sas antenne, telle est la question...), je vous recommande ce site très bien fait avec des diagrammes.

 [Source principale : Grégoire Allix, Le Monde du 3 février 2009]