Samarra


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Au rayon manga : Vinland Saga, Le pavillon des hommes et Hokusai

par Aug Email

Parmi les derniers mangas que j'ai pu lire ces derniers temps, je voulais vous signaler deux séries en cours et un one-shot :

 

 

Vinland  Saga, au coeur de l'épopée viking

 

Il s'agit d'une série en 7 épisodes parus à ce jour dont le titre laisse penser qu'il s'agit du récit de l'installation de Vikings sur le continent américain (le fameux  "Vinland" des sagas) autour de l'an mille. Cela est en partie vrai, mais l'essentiel de l'action se passe ailleurs, dans cette Europe du Nord qui a connu l'invasion de groupes vikings venus de Norvège, du Danemark et de Suède. Makoto Yukimura, le mangaka, nous fait voyager de l'Islande à la Norvège et au Danemark en passant par l'Angleterre où se déroule une grande partie de l'action.

Une lutte féroce s'y déroule en effet entre les Anglo-Saxons qui dominent le pays depuis la fin de l'époque romaine et les Vikings qui contrôlent une partie du pays (le territoire du Danelaw). Quelques celtes gallois viennent parfois se mêler aux rudes combats. Le récit fait en effet la part belle aux batailles et l'auteur semble fasciné par la force quasi surhumaine de certains guerriers (même si certains, comme attesté par certaines sources, mangent quelques champignons hallucinogènes pour ne plus craindre le danger..., voyez le premier extrait ci-dessous). Soulignons au passage, malgré quelques scènes un peu surnaturelles, la volonté de l'auteur de respecter autant que possible les faits historiques et le contexte de l'époque. Au total, cette série est vraiment très réussie. En suivant le désir de vengeance du jeune héros Thorfinn, à la fois allié et ennemi irréductible d'Askelaad avec qui il rêve d'en découdre, on suit les péripéties de la tentative de conquête de l'Angleterre par le roi Sven (ci-dessous au moment du siège de Londres) et la lutte pour sa succession prochaine entre ses fils Knut et Harald. Tout cela se passe donc au XIème siècle et c'est passionnant !

 

Makoto Yukimura, Vinland Saga (7 tomes parus), Kurokawa

 

 

 

 Le Pavillon des hommes, quand les femmes prennent le pouvoir

 

La mangaka Fumi Yoshinaga aime, dans ses mangas, aborder la question du genre. C'est le cas avec la série Le Pavillon des hommes qui nous conduit dans le Japon du XVIIème siècle. Une maladie mystérieuse emporte la majorité des hommes, en particulier les jeunes. L'équilibre de la société s'en trouve bouleversé et certaines choses vont changer, y compris au coeur du pouvoir.

Mais évoquons en deux mots la situation du Japon à cette époque qui sert de toile de fond au récit de l'auteur. Depuis 1603 (et jusqu'au début de l'ère Meiji en 1868), la famille des Tokugawa est détentrice du shogunat et donc de la réalité du pouvoir dans le cadre du système du Bakufu. C'est le début de la période d'Edo, la ville du shogun située dans le Kanto, qui supplante l'impériale Kyoto comme siège du pouvoir réel (le nom Edo est changé en Tôkyô pendant la période Meiji). Au sein du palais du shogun à Edo, un pavillon est réservé à des femmes qui servent le Shogun, au besoin en lui permettant d'avoir un héritier.

C'est là que Fumi Yoshinaga situe son intrigue, mais en faisant de ce pavillon, suite aux effets de la maladie, un pavillon réservé aux hommes, le shogunat étant lui-même finalement dévolu à une femme...

On pourrait craindre la caricature avec des hommes qui se livrent à des querelles pour les meilleurs places, des coups bas, des secrets d'alcoves, mais finalement, l'auteur nous permet de réfléchir à l'essence du pouvoir et à sa masculinité si courante et si arbitraire. On songe alors à quelques pièces d'Aristophane dans lesquelles les femmes prenaient le pouvoir  (L'Assemblée des Femmes) ou faisaient la grève du sexe pour que les hommes cessent la guerre... (Lysistrata). Sauf que les femmes au pouvoir dans ce manga, n'ont rien à envier aux hommes en termes d'ambition et de cruauté. Donc un Josei (le Seinen au féminin) intéressant et captivant.

Fumi Yoshinaga, Le Pavillon des hommes (5 tomes parus), Kana

 

 

 

Hokusai, le "vieux fou de la peinture"

 

Vous connaissez peut être Hokusai, peintre Japonais du XIXème siècle. Died avait évoqué dans un article récent le célèbre tableau La grande vague de Kanagawa (1831). Son oeuvre a inspiré de nombreux artistes, en particuliers des peintres français tels que Gauguin, Van Gogh ou Monet. Il a également popularisé le terme de "manga" (terme féminin pouvant signifier "dessin inabouti") en publiant en 1814 ses carnets de croquis.

Un manga de Shotaro IshinoMori récemment traduit en français nous permet de mieux connaître ce personage exceptionnel qui vécut 90 ans. L'auteur nous raconte une vie faite de multiples remises en cause, Hokusai ne souhaitant jamais s'installer dans un confort pour lui synonyme d'absence de créativité. Ainsi, à 42 ans et alors qu'il bénéficie déjà d'une grande notoriété, il décide de changer de nom d'artiste et d'adopter celui d'Hokusai qui le rendra encore plus célèbre. Aux sources de ces changements, la volonté d'être reconnu pour la valeur de son art et non pour autre chose.  L'insatisfaction et le désir, comme pour beaucoup d'artistes, sont donc de puissants aiguillons. Le récit de Shotaro Ishino Mori n'est pas linéaire et y gagne en cohérence. Chaque chapitre est conçu autour de l'une ou l'autre des périodes de la vie du peintre mais sans respecter la chronologie. Voici deux extraits, l'un nous montre Hokusai jeune, l'autre nous permet d'entrevoir les coulisses de la réalisation de sa série d’estampes Fugaku Sanjūrokkei ou Trente-six vues du mont Fuji dont fait partie la vague, publiée en 1831 alors qu'il a plus de soixante-dix ans.

 

 

Shotaro IshinoMori, Hokusai, Kana

De la peine de mort au Japon

par Aug Email

Le Japon fait partie (avec les Etats-Unis, l'Inde et Taïwan) des démocraties qui continuent d'appliquer la peine de mort. Comme au Etats-Unis, il n'y a pas réellement de débat autour de son abolition. Rappelons toutefois que si Mitterrand et Badinter avaient demandé leur avis aux Français en 1981 sur l'abolition, ceux-ci l'auraient certainement refusée.

Une quinzaine de condamnés ont été pendus au Japon en 2008. Il semble malgré tout que les choses évoluent au Japon et l'élection historique de Yukio Hatoyama en août y est pour quelque chose. Le leader du Parti Démocratique du Japon (PDJ), qui a mis fin a la domination du PLD depuis l'après-guerre, a choisi de nommer au ministère de la justice Keiko Chiba, une avocate, membre de la ligue des parlementaires pour l'abolition. Dès sa nomination, elle s'est empressée d'amorcer le débat tout en éludant la question de sa suspension de fait (elle devra personnelement signer l'ordre d'exécution en tant que ministre de la justice).

Le Japon a connu une première abolition en.... 724 sous l’empereur Shômu, par conviction boudhiste. Mais la peine de mort avait été rétablie au XIIème siècle. A l'époque d'Edo (1600-1868), on insistait sur l'exemplarité de la peine et son caractère dissuasif. Les exécutions, parfois cruelles, se sont donc multipliées. Par la suite et jusqu'à aujourd'hui, les éxécutions se sont faites de manière plus discrètes jusqu'à taire même la date de l'exécution et informer la famille du condamné après l'exécution. Fin 2009, une centaine de prisonniers attendaient dans le couloir de la mort.

 En attendant de suivre l'évolution de ce débat au Japon, je vous propose de découvrir trois mangas qui abordent à leur manière cette question.

 

Ikigami : Préavis de mort

"Dans notre pays, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de son entrée à l'école.

Lorsqu'on reçoit l'Ikigami, c'est qu'il ne nous reste plus que 24 heures  à vivre. Mais à quoi passer cette dernière journée, lorsqu'on n'a pas eu le temps de faire sa vie ?"

Dans ce manga d'anticipation, un fonctionnaire chargé d'apporter le fameux Ikigami aux individus concernés (boulot pas facile...) commence à se poser beaucoup de questions sur l'utilité d'un tel procédé. Conçu comme un thriller, Ikigami nous fait réfléchir sur le rôle de l'Etat et  sur l'étendue de la violence légitime qu'il peur exercer pour maintenir l'ordre social. La peine de mort n'est ici pas "méritée" mais assure, comme dans le Japon contemporain, un rôle d'exemple qui rappelle aux individus leurs devoirs, à commencer par celui d'être heureux...

 

Motorô Mase, Ikigami. Préavis de mort, Asuka, 2009 (4 volumes parus en français, 7 en japonais). Une adaptation en film est sortie au Japon. Courrier International consacrait un article à la série en 2007. Le site officiel de la série (avec des extraits).

 

 

Détenu 042

"Le gouvernement japonais lance une expérience qui pourrait bien signer la fin de la peine de mort. Tajima Ryôhai, le "détenu 042", condamné à mort pour sept meurtres, verra sa peine commuée en travaux à perpétuité, à la condition qu'il accepte l'implantation dans son cerveau d'une puce très sensible, capable d'exploser à la moindre pulsion destructrice. C'est dans ces terribles conditions et avec cette liberté toute relative qu'il commence son travail d'intérêt général dans un lycée..."

Dans ce manga, le regard posé par la société sur ceux qu'elle condamne est extrêmement dur. Il illustre parfaitement le sondage évoqué au début de cet article sur l'approbation de la peine de mort. Les seuls qui s'avèrent capables de comprendre ce condamné sont souvent ceux qui souffrent du regard des autres comme une jeune aveugle. Parmi les questions sous-jacentes : la réinsertion des prisonniers est-elle possible et souhaitable ? Ce manga a été écrit par Yua Kotegawa, une mangaka qui aborde souvent la mort dans ses oeuvres comme Ottori Sôsa, Anne Freaks et Arcana.

Yua Kotegawa, Détenu 042, Kana, 2006 (série en 5 épisodes)

 

L'ïle des téméraires

 

Autre style et autre époque mais toujours cette réflexion sur la mort. 

"1944. Les Américains contrôlent l'Océan Pacifique. Mais une toute nouvelle torpille-suicide pilotée et difficilement repérable peut encore changer la donne ! Le temps est venu de recruter et entraîner les soldats japonais prêts au sacrifice!! [...]

"Une arme dont on ne revient pas."

Voici la seule explication donnée à tous les jeunes soldats qui voulaient en savoir plus sur la nouvelle arme japonaise."

Peut être moins réussi que les deux mangas précédents, ce one-shot permet néanmoins de mesurer la contrainte exercée sur les jeunes soldats japonais à la fin de la guerre. Visiblement, ils n'ont pas tous choisi de mourir pour la patrie comme kamikaze. En essayant de comprendre les motivations des inventeurs de la machine, un jeune volontaire rencontre plus le désespoir que le patriotisme.

Syuho Sato, L'île des téméraires, Kana, 2009 (one-shot)

 

Post scriptum (26/01)

 

Death Note

Nicolas, mon fournisseur officiel de manga, m' asuggéré un titre qui, comme ceux que je viens de vous présenter, aborde également la question de la peine de mort et de sa légitimité éventuelle. Il s'agit de Death Note de la scénariste Tsugumi Ōba et du dessinateur Takeshi Obata. Il a fait l'objet de plusieurs adaptations au cinéma et en dessin animé depuis sa publication de 2003 à 2006. En France, il est publié par Kana (13 volumes parus, le site du manga). Les ventes de ce manga sont très importantes au Japon, mais aussi en France.

Le Death note est un cahier laissé sur terre par un dieu de la mort. Un jeune lycéen, Light, Yagami, le trouve. En y inscrivant un nom, il peut décider de la mort d'une personne. Que va-t-il faire de ce pouvoir ? Se muer en justicier et décider de la mort de criminels ?

Je ne vous en dis pas plus. Je ne suis habituellement pas très fan de ce genre d'univers, mais ce manga pose quelques questions peu évidentes et offrent une réflexion philosophique intéressante sur la peine de mort, ses objectifs, sa justification et ses effets supposés.

 

Liens :

Trois titres étudiés par Camille Desmoulins et Julien Blottière sur l'histgeobox pour aborder le débat sur l'abolition de la peine de mort en France :

Un article paru sur un blog du Monde Diplomatique analyse les termes du débat sur la peine de mort au Japon. Je m'en suis servi pour cet article.

Quelques BD et mangas pour l'été

par Aug Email

Aya de Yopougon (tome 4)

 

Je vous ai déjà longuement parlé des trois premiers tomes d'Aya de Yopougon écrits par Marguerite Abouet et dessiné par Clément Oubrerie. L'atmosphère d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, dans ces années 1980 où semble fonctionner le "miracle ivoirien". J'ai enfin réussi à lire le tome 4 qui, comme les précédents, nous fait entendre ce parler délicieux et plein d'expressions très imagées. Plus que les précédents, ce tome évoque les liens entre la Côte d'Ivoire et la France par le biais de l'émigration. Les dialogues les plus savoureux de l'ouvrage naissent de l'incompréhension entre un Abidjanais fraîchement débarqué et les Français qu'ils croisent, notamment dans le métro, haut lieu de la sociabilité parisenne... Par ces dialogues et des situations rocambolesques, les auteurs nous montrent la difficulté de l'intégration des immigrés malgré les bonnes volontés. On ne tourne donc pas en rond dans cette série décidément très réussie. On attend la suite annoncée pour l'automne chez Gallimard dans la collection Bayou de Johan Sfar (mais en avant-première cet été dans Libération).

 

Journaliste : A qui sert la presse ?

 

Mineo Mutsu est journaliste à Tôkyô au quotidien Maiasa Shimbun (shimbun veut dire quotidien en japonais). Il a un caractère bien trempé et va au bout de ses idées. Le scénariste Funwari (c'est un pseudo qui signifie moelleux...) et le dessinateur Masao Yajima nous montrent les dessous du journalisme d'investigation. En plongeant dans les histoires parfois sordides de la société japonaise sur lesquelles enquête Mineo, on mesure la difficulté du travail journalistique aux prises avec l'autocensure, les pressions poltiques et financières et le goût du sensationnalisme. Les auteurs enchaînent les enquêtes que l'on peut lire indépendamment, toujours en tentant de répondre à cette question mise en exergue : A qui sert la presse ? Une question encore plus aigüe avec la crise que traversent actuellement les journaux (disparition de journaux acentenaires aux Etats-Unis, concurrence de la presse en ligne,...). Le Japon, dont les journaux sont les plus diffusés au monde (plus de 10 millions d'exemplaires quotidiens pour le Yomiuri Shimbun !) n'échappe donc pas à cette réflexion.

Malgré ses défauts et sa vie sentimentale un peu difficile, on s'attache à Mineo et à ses combats qui semblent perdus d'avance pour la recherche de la vérité. Sa fille Sara est une  précieuse alliée dans sa quête. Deux tomes sont déjà parus en français dans la très bonne collection Akata de Delcourt.

 

Voici enfin deux BD que je n'ai pas encore eu le temps de lire mais qui me semblent intéressantes :

 

 

 

Piscine Molitor : Une biographie de Boris Vian

 

L'artiste est mort il y a 50 ans cette année et de nombreuses publications reviennent sur son parcours et l'oeuvre. Cailleaux et Bourhis publient une BD dans la collection Aire Libre chez Dupuis.

Pour en savoir plus et écouter quelques uns des titres les plus connus du poète et musicien, rendez-vous sur l'histgeobox : 

 

Une vie chinoise : la Chine au temps de Mao

 

Voici un mahnua qui n'a pas été édité en Chine. Il faut dire qu'elle aborde une période encore peu "refroidie" de l'histoire récente de la Chine : les années Mao, en particulier le "Grand Bond en avant" de la fin des années 1950. Trois tomes sont prévus chez Kana. Le premier  intitulé "Le temps du père" vient de sortir. Le scénariste est européen mais a vécu en Asie, il s'agit de P.Ôtié qui a adapté l'histoire de Li Kunwu. Celui-ci est aussi le dessinateur puisqu'il a été pendant plusieurs années artiste au service de la propagande du régime communiste

3 films sinon rien !

par Aug Email

 

La Vague, un film choc

 

On ne sort pas indemne de ce film. Il nous offre un rappel salutaire : la démocratie est  le résultat d'un travail de construction permanente et est sans cesse en danger. C'est sans doute l'essentiel du message transmis par l'histoire. De quoi s'agit-il ?

Un professeur plutôt anarchiste dans ses idées comme son mode de vie est chargé par sa direction de traiter pendant toute une semaine du thème de l'autocratie. Malgré sa réticence initiale, il prend le sujet à bras le corps et décide de faire à ses élèves une démonstration par l'absurde. Pour cela, il met en pratique dans la classe certains principes comme la discipline, la solidarité du groupe, la cohésion qui passe parfois par l'exclusion ou la stigmatisation de ceux qui ne se conforment pas aux règles communes. Bien sûr, les élèves semblent tomber un peu naïvement dans le panneau, mais le mérite du film est de montrer comment ce groupe solidaire offre des repères aux plus paumés et un exutoire aux frustrations des adolescents. En analysant le processus de construction du mouvement de la vague (Die Welle), Dennis Gansel nous permet de mieux comprendre comment des circonstances historiques ont permis l'arrivée au pouvoir de régimes totalitaires. Les dialogues entre les jeunes pourraient avoir lieu dans n'importe quel pays pour l'essentiel. Il y a cependant des discussions intéressantes sur la possibilité du retour du nazisme en Allemagne et sur le poids de la responsabilité des générations actuelles dans les crimes du IIIème Reich.

Je ne vous raconte pas la suite pour ne rien gâcher et vous incite fortement à aller voir le film. Précisons qu'il est inspiré d'une expérience menée en 1967 en Californie par un professeur d'histoire. Un roman de Ted Strasser, publié en 1981, a relaté l'expérience. L'histoire est également disponible en BD (illustrée par Stefani Kampmann).Le livre et la BD sont publiés chez JC Gawsewitch éditeur, ou en poche chez Pocket.

En savoir plus ici (infos, dossier de presse) et sur le blog Zéro de conduite.

  

 

Welcome, bienvenu ?

 

Aucun lien avec le film précédent ? Pas si sûr.... Une polémique a d'ailleurs opposé le nouveau ministre de l'immigration Eric Besson et le réalisateur Philippe Lioret  sur le parallèle établi par ce dernier entre la situation des Juifs sous l'occupation et celle des clandestins en transit vers le Royaume-Uni dans la ville de Calais. L'histoire : Un jeune kurde irakien de 17 ans (superbement interprété par Firat Ayverdi) tente de passer en Angleterre pour rejoindre la fille qu'il aime. Il est décidé à traverser la Manche à la nage. Pour cela, il prend des leçons auprès d'un maître-nageur de Calais interprété par Vincent Lindon qui se prend de sympathie pour lui. Le mérite du film est de nous rendre concrêt et humain ce que les journaux télévisés évoquent périodiquement. Pas de chiffres mais les histoires personnelles bouleversantes de ces parias des temps modernes que sont les migrants, refoulés des magasins, causant des ennuis judiciaires à tous ceux qui tentent de les aider au nom de la solidarité humaine la plus élémentaire. Je ne sais pas si ce film peut changer quelque chose au débat français sur l'immigration, mais il apporte sa contribution et elle me semble fondamentale. Vincent Lindon, d'ordinaire assez peu engagé, a dit avoir été personnellement choqué par ces lois qui condamnent tous ceux qui tentent d'aider les migrants. Espérons qu'il en sera de même pour beaucoup d'autres.

En savoir plus sur le blog zéro de conduite.

 

Les Trois Royaumes, dans la Chine du IIIème siècle

 

Tout autre style avec le film de John Woo inspiré d'un classique chinois du XIV ème siècle écrit par Luo Guanzhong. L'histoire (d'après le site du film) :

"En 208 de notre ère, l'Empereur Han Xiandi règne sur la Chine pourtant divisée en trois royaumes rivaux [Wei, Shu et Wu]. L'ambitieux Premier Ministre Cao Cao rpeve de s'installer sur le trône d'un empire unifié, et se sert de Han Xiandi pour mener une guerre sans merci contre Shu, le royaume du Sud-Ouest dirigé par l'oncle de l'Empereur Liu Bei. Celui-ci dépêche Zhuge Liang, son conseiller militaire, comme émissaire au royaume de Wu pour tenter de convaincre le roi Sun Quan d'unir leurs forces. A Wu, Zhuge Liang rencontre le Vice-Roi Zhou Yu, celui-ci est marié à la belle Xiao Qiao, également convoitée par Cao Cao... Très vite, les deux hommes deviennent amis et concluent une alliance. Furieux d'apprendre que les deux royaumes se sont alliés, Cao Cao envoie une force de 800 000 hommes et 2000 bâteaux pour les écraser. L'armée campe dans la forêt du corbeau, de l'autre côté du fleuve Yangtzé, dans le camp de la falaise rouge, sont installés les alliés. Face à l'écrasante supériorité de Cao Cao, le combat semble joué d'avance, mais Zhou Yu et Zhuge Liang ne sont pas décidés à se laisser faire."

 

[Les Trois royaumes, source]

 C'est un film de guerriers mélomanes, capables des pires violences dans la journée puis de conter fleurette à leur épouse le soir venu. Quelques acteurs sortent du lot comme le japonais Takeshi Kaneshiro et le remarquable Tony Leung, l'une des plus belles gueules du cinéma asiatique. Il figure toujours en bonne place dans les films de Wong Kar-Waï. Je vous en avais parlé pour son rôle dans le passionnant Lust Caution qui se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale à Shanghaï.

Deux scènes mémorables, celle où deux des guerriers font une sorte de "boeuf" en jouant sur des instruments à cordes de l'époque. On a l'impression d'entendre deux bluesmen du delta du Mississippi... Et puis une partie de ballon assez étrange, un sport qui ressemble un peu à du football mais avec plusieurs buts.

Vous pouvez prolonger par la lecture du livre (chez plusieurs éditeurs) ou des différents manhuas  et mangas qu'il a inspiré :

  • Li Zhiqing, Les trois Royaumes, Toki, 2008 (5 tomes parus en français). Un manhua chinois.
  • Buronson et Ryōichi Ikegami, Lord, Pika éditions, 2008 (5 tomes parus en français). Une vision japonaise.

 

 

Histgeobulles : Des BD pour comprendre l'Asie (mangas et Cie)

par Aug Email

 Ce dossier recense les Bande-dessinées, les mangas, les manwhas et autres manhuas qui abordent l'histoire et la géographie de l'Asie orientale et méridionale. Pour les pays d'Asie centrale (y compris l'Afghanistan) et du Moyen Orient (y compris l'Iran), voir notre dossier spécifique sur cette région. Pour des bandes dessinées sur d'autres contrées et d'autres époques, consultez notre dossier HISTGEOBULLES : Des BD et mangas pour comprendre le monde.

 

 

 

Les mangas et l'histoire du japon contemporain
 

 

 


 
 Le Japon jusqu'à l'ère Meiji
 
  • Le Pavillon des hommes, quand les femmes prennent le pouvoir au XVIIème siècle
  • Hokusai, le "vieux fou de la peinture"
  • Ikki Mandara, du grandissime Osamu Tezuka est une épopée qui nous conduit sur les traces d'une jeune fille qui va traverser et participer à la révolte des Boxers en Chine (1900) avant de se retrouver au Japon au moment de la guerre Russo-japonaise (1904-1905). C'est un One-Shot paru chez Kana.
  • Jirô Taniguchi et Kan Furuyama, Kaze No Shô, Le livre du Vent, Panini-Manga. Dans le Japon des Tokugawa.
  • Dans la série L'arbre au soleil (8 volumes), Tezuka explore également cette problématique de la modernisation des pays d'Asie au XIXème siècle, entre désir de conserver les traditions et modernisation-occidentalisation. Dans Ikki Mandara, Tezuka s'intéressait à cette question à propos de la Chine des Mandchous. Dans L'arbre au soleil, il situe son action à la fin du shogunat des Tokugawa, au moment où les Américains tentent de forcer le Japon à s'ouvrir à leur commerce. Au coeur de cette série passionnante (ni trop courte, ni trop longue...) la place de la médecine occidentale au Japon. La série est publiée chez Tonkam, un regret, le sens de lecture à l'européenne qui gâche un peu le plaisir.

 

 

Autour de la Seconde Guerre mondiale

  • Gen d'Hiroshima de Nakazawa Keiji, l'histoire vraie d'un enfant de 6 ans en 1945 qui a vécu le cataclysme du 6 août.
  • L'histoire des 3 Adolf d'Osamu Tezuka commence lors des Jeux Olympiques de Berlin et se poursuit pendant la Seconde Guerre mondiale. Ayako, du même auteur, qui nous décrit le Japon de l'après-guerre, contrôlé par les Etats-Unis. Une famille de propriétaires fonciers doit partager la terre.
  • Zipang de Kaiji Kawaguchi, une réflexion sur le pacifisme au travers de l'histoire d'un navire des forces d'autodéfense actuelles pris dans a bataille de Midway en 1942.
  • Shigeri Mizuki, Opération Mort, Cornélius. Auprès de soldats japonais sur une île isolée du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943. Des survivants d'une opération suicide doivent-ils se donner la mort pour "sauver dignement l'honneur de l'armée et de la patrie" ?
  • Yoshiriro Tatsumi, L'enfer, Cornélius. Un manga réaliste (Gegika) dans le Japon de la guerre et de l'Après-guerre. Il s'agit en fait d'histoire courte qui mettent en scène la vie quotidienne pendant ces temps difficiles. Nous suivons ainsi des prostituées, un homme ayant pris des photos juste après la bombe atomique sur Hiroshima, des enfants, des employés et beaucoup d'autres personnages. La plupart de ces personnages sont tourementés par les "frustrations sexuelles et sociales" (présentation de l'éditeur).
  • La plaine du Kanto, trilogie de Kazuo Kamumira qui évoque la période de l'immédiat après-guerre.
  • L'histoire de Sayo de Giovanni Masi et Yoshiko Watanabe raconte les malheurs des Japonais installés en Chine pendant la Seconde Guerre mondiale après la défaite du Japon.

 

 

Le Japon depuis 1945

  • Les vents de la colère deYamagami Tatsuhiko restitue la contestation de la fin des années 1960 avec force.
  • Un zoo en hiver de Jirô Taniguchi : devenir mangaka dans le Japon des années 60. Jirô Taniguchi est devenu, en quelques années, une référence en matière de manga avec les traductions et publications successives de ses oeuvres en France de "Quartiers lointains", au "Journal de mon père" en passant par "L'homme qui marche". Ses productions, proches par leur graphisme, de ce que nous connaissons en Occident, lui donnent une place un peu à part dans les réalisations pléthoriques en provenance d'Extrême-Orient.

 

 

La société japonaise contemporaine

  • Les Fils de la Terre  de Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin). Comment redonner aux jeunes des campagnes le goût pour l'agriculture ? C'est le défi auquel est confronté Natsume. L'occasion pour nous de parler de l'évolution des campagnes japonaises au XXème siècle.
  • Trois mangas pour évoquer la peine de mort au Japon. Motorô Mase, Ikigami. Préavis de mort, Asuka, 2009 (4 volumes parus en français, 7 en japonais), Yua Kotegawa, Détenu 042, Kana, 2006 (série en 5 épisodes) et Syuho Sato, L'île des téméraires, Kana, 2009 (one-shot).
  • Journaliste ! Le scénariste Funwari (c'est un pseudo qui signifie moelleux...) et le dessinateur Masao Yajima nous montrent les dessous du journalisme d'investigation.
  • Les Gouttes de Dieu : Des effets d'un manga sur la consommation de vin...
  • Tôkyô Sanpo : la ville mondiale vue d'une chaise pliante. Comme il l'explique dans la préface de son ouvrage, Florent Chavouet, a passé 6 mois en 2006,  à Tôkyô, la "plus belle des villes moches". Il ne prétend pas, loin de là, donner dans "Tokyo sanpo" un compte rendu précis à usage touristique ou  documentaire de cette pieuvre urbaine, mais livre le regard d'un simple  promeneur, immédiatement plongé dans l'inconnu puisqu'à Tôkyô on "peut admirer un panneau de route tout simplement parce qu'il n'est pas comme chez nous".
  • Quand les mangas envisageaient le pire en matière de risques. Analyse de trois mangas qui imaginaient des scénarios sombres en cas de séisme et de tsunami : Tokyo Magnitude 8 d'Usamaru Furuya, Spirit of the Sun de Kaiji Kawaguchi et La submersion du Japon de Sakyou Komatsu (scénario) et Tokihiko Ishiki.
  • Manabé shima de F. Chavouet sur un îlot du Japon.
 
 
Mangas et révisionnisme
 
Le révisionnisme existe également dans les mangas. A lire sur ce sujet, un article de mon collègue Richard Tribouilloy sur le procès de Tôkyô qui évoque le sujet, un article de Philippe Pons, une analyse sur un site consacré à l'actualité de la BD, Tristan Mendès-France, un des Blogtrotters, en parle sur son blog. Le journaliste Fabien Tillon, qui tient un blog consacré à la BD et aux mangas, prolonge ces analyses en étudiant les dessins animés japonais. Pour tous ceux (comme moi il y quelques mois...) qui ignorent tous des mangas, voyez une présentation.
 
 
 

La Bande-dessinée coréenne : les manhwas

 

  • Femmes de réconfort, esclaves sexuelles de l'armée japonaise de Jung Kyung-a. Un manhwa très documenté pour comprendre une des exactions emblématiques de l'armée japonaise en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Le massacre au pont de No Gun Ri explore une face peu connue de la guerre de Corée (1950-1953), le massacre de civils coréens en fuite par l'armée américaine craignant les espions communistes. C'est un manhwa difficile mais qui restitue bien l'ambiance des débuts de la guerre, au moment de l'invasion du Nord par le Sud, alors que ne sont présentes que les troupes américaines déjà stationnées sur place. C'est paru chez Vertige Graphic.
  • Un autre manhwa, Le visiteur du Sud, sous-titré "Le voyage de Monsieur Oh en Corée du Nord", se situe beaucoup plus tard dans le temps. M. Oh est un ingénieur du Sud qui vient travailler  sur un chantier au Nord. C'est l'occasion de revisiter les relations compliquées entre Nord et Sud depuis 1945. L'auteur Oh Yeong Jin est un peu une sorte de Guy Delisle qui parlerait coréen.... Une suite est annoncée, chez Flblb toujours.
  • Un peu dans la même veine mais par un auteur non-coréen, je vous recommande également le très drôle et très intéressant Pyongyang du Québécois Guy Delisle.
  • Chagrin dans le ciel de Lee Youn-bok dessiné par Lee Hee-jae. Un enfant survit dans la pauvreté dans la Corée du Sud des années 1960.
  • Nambul de Ya Sul-lok et Lee Yun-se. Une histoire de la guerre fictive entre la Corée et le Japon. Un mahwa très nationaliste.
  • Les auteurs de manhwa, comme ceux de manga, n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplous. Le premier tome est paru chez Hanguk.


     

 

D'autres bandes-dessinées sur l'Asie

 

 

L'histoire de la Chine

 

  • Juge Bao : opération "mains propres" en l'an mil Bao Zheng (包拯) a vécu au XIème siècle dans la Chine de la dynastie des Song. Né dans la province de l'Anhui (Chine du Centre-Est), il est réputé pour son intégrité. Il a ainsi obtenu de l'Empereur Renzong des pouvoirs de justice exceptionnels de 1037 à sa mort en 1062. Juge itinérant, le juge Bao (Bao Gong) a lutté contre la coruption des puissants et le détournement des aides versées par l'Empereur pour la reconstruction à la suite de catastrophes naturelles.
  • Le classique chinois Les Trois Royaumes, écrit  au XIV ème siècle par Luo Guanzhong, a inspiré les dessinateurs chinois et japonais : Li Zhiqing, Les trois Royaumes, Toki, 2008 (Un manhua chinois, 5 tomes parus en français). Buronson et Ryōichi Ikegami, Lord, Pika éditions, 2008 (5 tomes parus en français). Une vision japonaise.
  • La balade de Yaya de Jean-Marie Omont et Golo Zhao (Editions Fei). L'histoire d'une petite fille qui sait parler aux animaux et jouer du piano, au moment de l'occupation de Shanghai par les Japonais en 1937.
  • Une vie chinoiseL'histoire passionnante de Li Kunwu, un dessinateur chinois, depuis les années Mao jusqu'à l'ouverture du pays.

 

L'Asie et les Etats-Unis

  • Deux BD sur deux périodes de l'immigration chinoise aux Etats-Unis : Chinaman de Serge Le Tendre, TaDuc et Claude Guthet sur le XIXème siècle et American Born Chinese de Gene Luen Yang.
  • Et un autre aller-retour entre l'Asie et les États-Unis avec Eagle, un manga de Kawaguchi sur un candidat d'origine japonaise dans la campagne présidentielle américaine.

 

Le Cambodge des Khmers rouges

  • Paru chez Delcourt, le premier tome d' Enfant-soldat raconte la vie d'Aki Ra, enfant-soldat au Cambodge à partir de 1983 et balloté entre Khmers Rouges, armée vietnamienne (qui contrôle le pays à partir de 1979) et armée cambodgienne. Le mangaka Akira Fukaya sait rendre vivant et émouvant ce récit d'une histoire vraie à hauteur d'enfant. Je vous en parle plus en détail ici.
  • Autre BD sur le Cambodge des Khmers rouges, L'eau et la terrre par Séra est une plongée  remarquable dans la noirceur de cette période. (Delcourt)

 

L'Asie du Sud

 

  • India Dreams de Jean-François et Maryse Charles. Histoires d'amour et de désamour sur fond de décolonisation de l'Empire des Indes.
  • Frères d'armes publié chez Casterman rassemble deux histoires d'auteurs indiens avec en toile de fond la question du fondamentalisme et du terrorisme, qu'ils soient d'inspiration hindouiste ou islamiste. L'une se déroule au Cachemire, disputé entre l'Inde et le Pakistan depuis leur indépendance en 1948. L'autre se déroule au Kerala.
  • Chaabi de Richard Marazano (Xavier Delaporte, chez Futuropolis). L'histoire de groupes de bandits révolutionnaires dans l'Inde du Nord d'aujourd'hui, autour de la figure de leur chef, vendu enfant par ses parents pour travailler dans une mine de souffre, devenu une figure légendaire.
  • Calcutta est un roman graphique de Sarnath Banarjee paru chez Denoël Graphic en 2007.

 

L'Asie d'aujourd'hui

 

 

Quelques liens

 

Cette liste doit beaucoup aux conseils éclairés de NIcolas, mon maître ès-manga

 

 

Ne sont pas inclues dans cette sélection les BD qui traitent du Moyen Orient et de l'Asie Centrale que vous pouvez retrouver ici.