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Dans les "coulisses du pouvoir" au Royaume-Uni

par Aug Email

J'ai découvert il y a peu une BD qui nous fait plonger dans les coulisses du pouvoir au Royaume-Uni. Il s'agit de la série du scénariste Philippe Richelle et du dessinateur Jean-Yves Delitte, publiée depuis 1999. Elle débute par la mort mystérieuse d'un ancien Premier Ministre sur le point de faire des révélations. Suicide ? Meurtre ? L'enquête nous conduit dans les arcanes du parti au pouvoir, dans les rivalités, les faux-semblants, les liens pafois douteux avec le monde de l'entreprise et de la criminalité. C'est l'occasion, pour les bédéistes belges, en nous montrant le côté obscur, de nous faire comprendre la vie politique outre-Manche. Bien sûr c'est de la fiction, mais les auteurs sont plutôt bien renseignés sur les moeurs politiques britanniques.


Alors que les électeurs du Royaume-Uni s'apprêtent à voter pour élire leurs députés le jeudi 6 mai, intéressons nous un peu à la vie politique d'outre-Manche.

L'enjeu de ces élections, la poursuite de la domination du Labour (les Travaillistes, classés au centre-gauche) ou le retour au pouvoir des Tories (les Conservateurs de centre-droit) après treize ans dans l'opposition. Précisons que ces élections interviennent dans un contexte tendu pour les députés, quel que soit leur parti. Au début de cette année, le scandale des notes de frais abusives remboursées par le Parlement a jeté le discrédit sur une grande partie des députés.

 

[Les trois principaux candidats et deux anciens Premiers Ministres aux cérémonies du 11 novembre. De gauche à droite : Nick Clegg (Lib-Dems), Tony Blair, David Cameron (Cons.), John Major (Cons.) et Gordon Brown (Trav.); source]

 

Les Tories peuvent-ils l'emporter ?

 

Le scrutin s'annonce beaucoup plus serré que prévu. Malgré l'usure du pouvoir qui touche les sortants, les Conservateurs n'ont pas réellement su attirer les électeurs. Pourtant leur leader, David Cameron, est jeune (s'il devient Premier Ministre, il serait le plus jeune depuis le début du XIXème siècle...) et cultive son image. Mais il peine un peu à se défaire d'un côté un peu aristocratique. Son origine sociale et sa formation le rattachent à l'élite du pays. Il est passé par l'une des écoles les plus prestigieuses du pays, Eton, avant d'étudier à Oxford.

Depuis la défaite de John Major en 1997 contre Tony Blair, les Conservateurs n'ont pas sur trouver l'homme (ou la femme) idéale. Ils restent divisés, notamment sur l'Europe. L'adhésion des députés européens conservateurs du pays à un groupe rassemblant de nombreux eurosceptiques a fait couler beaucoup d'encre et occasionné quelques départs.

Quelques histoires récentes ajoutent aux difficultés du parti : le trésorier du parti et principal contributeur, Lord Ashcroft, n'était pas enregistré fiscalement au Royaume-Uni. Un député a par ailleurs revendiqué la légitime distance qui doit être maintenue entre le peuple et les élus. De quoi contredire les efforts intenses de communication engagés par Cameron pour montrer sa proximité avec les préoccupations du peuple.

 

Les Travaillistes peuvent-ils revenir dans la course ?

 

Il y a deux ans, le Premier Ministre Gordon Brown semblait irrémédiablement lâché dans les sondages. Après avoir attendu dix ans que Tony Blair lui laisse la main, il aurait pu, au moment où il devenait enfin Premier Ministre en 2007, convoquer des élections anticipées. Il ne l'a pas fait au moment où il était mieux perçu dans les sondages d'opinion. Ceux-ci l'ont ensuite toujours donné perdant, même si sa manière de gérer la crise économique a renforcé sa crédibilité.

Mais faisons un petit retour en arrière. Tout a commencé dans une pizzeria. Alors que le Royaume-Uni est encore sous le règne du thatchérisme, deux jeunes loups du Parti Travailliste font le pari de la rénovation du Labour. Ils passent une sorte d'accord lors d'un repas. Tony Blair demande à Gordon Brown de lui laisser prendre la première place dans le parti. Une fois arrivé au pouvoir, celui-ci s'engage à céder ssa place au bout de quelque temps à Gordon Brown. Mais toute la difficulté réside dans ce "quelque temps". Une fois menée à bien la rénovation du New Labour et parvenu au pouvoir en 1997, Tony Blair, très populaire, ne se décide pas à laisser sa place à son voisin (les deux familles résident Downing Street) qui est devenu Chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances). La tension augmente progressivement entre les deux hommes jusqu'à s'envenimer et à installer une haine profonde. Les Travaillistes remportent assez largement les élections générales de 2001 et de 2005, malgré l'impoularité de la guerre en Irak engagée par Blair. Finalement, au bout de dix ans, Tony Blair se décide à céder le numéro 10 de Downing Street (la résidence officielle du Premier Ministre) à Gordon Brown. Nous sommes alors en 2007.

 

Les libéraux-démocrates peuvent-ils créer la surprise ?

 

C'est la grande inconnue du scrutin. Les libéraux-démocrates sont, depuis trois décennies, le troisième parti, assez loin derrrière les deux premiers. Précisons que jsuq'au début du XXème siècle, les deux principaux partis étaient les Conservateurs et les Libéraux (avec Gladstone). Les Travaillistes ont remplacé les Libéraux comme deuxième grand parti dans les années 1920. Les Libéraux ont ensuite connu un déclin prononcé jusque dans les années 1980. Ils ont alors fusionné avec les Sociaux démocrates (SDP) en 1988 pour s'appeler les Libéraux-Démocrates. Ce parti est plutôt centriste, penchant actuellement plutôt vers la gauche. Son leader actuel, Nick  Clegg, était jusqu'à récemment une figure peu connue. Mais les circonstances de l'élection (usure du Labour, manque d'attractivité des Tories) lui ont laissé le champ libre. Et la perspective d'un résultat qui ne donnerait la majorité absolue en nombre de députés à aucun des deux grands partis donne un rôle clé à Nick Clegg dans l'élaboration d'une majorité de coalition. Lors du premier débat organisé entre les trois proncipaux candidats, Nick Clegg a, de l'avis général, fait la meilleure impression. Son parti est ainsi crédité de plus de 20% des intentions de vote. Du coup, lors du deuxième débat, David Cameron, qui a tout à perdre d'une remontée des Libéraux-Démocrates captant une partie du vote de défiance vis-à-vis du gouvernement sortant, a concentré ses attaques sur Clegg, notamment sur son europhilie.

 

Si vous voulez vous faire votre propre opinion, voici le premier débat :

 

 

 

Un pays sans majorité ?

 

Cette élection me rappelle un peu celle de 1992. Les Travaillistes étaient alors donnés vainqueurs après 11 ans de pouvoir de Margaret Thatcher (1979-1990) et deux ans de John Major. Mais ce sont finalement les Conservateurs qui l'ont emporté. Il est peu probable que les Travaillistes l'emportent en nombre de voix. Mais le mode de scrutin britannique pourrait permettre au Labour d'avoir le plus grand nombre de sièges. Les députés sont en effet élus au mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour. Dans chaque circonscritption, le candidat arrivé en tête est élu. Actuellement, ce mode de scrutin favorise donc les travaillistes. On pourrait donc se retrouver dans la situation où les Conservateurs auraient recueillis le plus de voix (au-dessus de 30%), mais où les Travaillistes, malgré un nombre de voix inférieur (entre 25 et 35 %), auraient davantage de sièges que les Tories. Dans ce cas, le Parlement élu n'aurait probablement pas de majorité absolue mais une majorité relative, ce que les Britanniques appellent un hung parliament. Celui qui gouvernerait serait alors celui qui s'assurerait les voix des députés libéraux-démocrates. Cette fois-ci, cela rapellerait l'élection de février 1974 (je ne m'en rappelle pas...). Le Premier Ministre sortant, le conservateur Eward Heath avait recueilli un peu plus de voix  (37,9%) que son adversaire travailliste Harold Wilson (37,2%) sans obtenir la majorité absolue des sièges de député. Les travaillistes disposaient en effet de 4 sièges de plus. Les deux leaders tentèrent de rallier les Libéraux de Jeremy Thorpe sans succès. Wilson (en photo ci-contre) forma un gouvernement minoritaire (il avait déjà été au pouvoir de 1964 à 1970) jusqu'à la convocation de nouvelles élections en octobre. Les Travaillistes les remportèrent de justesse, disposant cette fois-ci d'une majorité absolue à trois sièges près...

 

Le résultat s'avère donc extrêmement indécis. Le troisième débat a lieu jeudi 29 avril. C'est la première fois au Royaume-Uni que les principaux candidats sont rassemblés pour un débat télévisé. Le premier a été très suivi.

Autre inconnue, le résultat du British National Party (le BNP, extrême droite) ayant réalisé des scores élevés aux élections européennes, des Verts et des différents partis autonomistes ou indépendantistes (Scottish National Party, au pouvoir en Ecosse, Plaid Cymru au Pays de Galles). En Irlande du Nord, l'élection permettra de mesurer la popularité des différents protagonistes et adversaires du compromis entre catholiques et protestants.

 

Je signale également de Philippe Richelle la très bonne série Amours fragiles scénarisée par Jean-Michel Beuriot qui a pour toile de fond l'Allemagne des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale.

 

  • Les coulisses du pouvoir par Philippe Richelle et Jean-Yves Delitte, Casterman (8 volumes de 1999 à 2008)

 

 

Liens :

 

 

 

Du rire aux larmes, parcours cinématographique dans la Grande-Bretagne du Thatcherisme.

par vservat Email

Paradoxalement, le moribond cinéma britannique a retrouvé ses lettres de noblesse en filmant quelques uns des aspects les plus tragiques de la crise industrielle et sociale qui toucha la Grande Bretagne des années Thatcher, (1979-1990), et Major (1990-1997). Si Ken(neth) Loach s'impose comme le metteur en scène attitré de l'injustice sociale et des dégâts du libéralisme (de "My name is Joe", à "Sweet sixteen", en passant par "The navigators" ou "Raining stones") il n'est pas logntemps resté seul derrière sa caméra pour aborder ce sujet. Quitte à lui emboîter le pas, autant y introduire un peu de variété : qu'il s'agisse de la comédie du 'Full monty", de l'humour grinçant (et parfois glaçant) de "Trainspotting", ou du tire-larmes que sont "Les virtuoses", on n'a que l'embarras du choix pour découvrir la diversité des regards cinématographiques sur ces années de croissance ralentie et de flambée du chômage.

Les années 80-90, en Grande Bretagne, ont été marquées par une présence continue des conservateurs au pourvoir. Le poste de "prime minister" fut occupé successivement par Margaret Thatcher, surnommée avec clairvoyance " the iron lady" - la dame de fer- et son successeur, bien moins "charismatique", John Major. 

 Comme toute l'Europe, la Grande Bretagne est alors affectée par une grave crise industrielle. Celle-ci résulte autant de l'obsolescence de certaines de ses industries, que de l'épuisement de ses gisements miniers entrainant une hausse des coûts de leur exploitation, ou de l'arrivée de nouveaux pays d'Asie sur le marché mondial. Les "tories",  inspirés par les économistes de l'école de Chicago, mettent en place une politique néo-libérale consistant à sectionner sans état d'âme  les membres malades (non rentables) de l'industrie nationale. 

La totalité des films dont il est question ci-dessous a donc pour cadre les régions industrielles, les pays noirs de l'Angleterre (Sheffield, Manchester), et de l'Ecosse (Leith, le port d'Edimbourg, pour "Trainspotting"). Récompensés à l'international ("Raining stones" reçoit le prix du jury à Cannes, "Brassed Off" - "Les Virtuoses"- le César du meilleur film étranger en 1998), ces films ont aussi lancé la carrière de la fine fleur des acteurs britanniques des années 90-2000, parmi lesquels Robert Carlisle ou Ewan McGregor.

 

"Raining stones" de Ken Loach (1993)/"The navigators" de Ken Loach (2001) :

Nous sommes dans le Manchester des années post-Thatcher, dans une banlieue ouvrière tellement affectée par le chômage que les discours politiques du parti travailliste ne font plus recette depuis longtemps. Deux amis, chômeurs, la cinquantaine bien sonnée, tentent d'éponger leurs dettes, de lutter contre leur sentiment d'inutilité et de faire face à la nécessité de survivre en enchainant petits boulots, menus larcins et système D. Difficle de rester digne quand c'est votre fille qui vous donne votre argent de poche ou quand il faut, pour payer une robe de communion à sa gamine, accepter que sa femme soit menacée et molestée par des usuriers sans vergogne.

Ken Loach dit qu'il aime l'humour qui ressort de ces situations désespérées et son film n'en est pas dénué (la scène d'ouverture au cours de laquelle les deux comparses s'emparent d'un mouton afin d'en vendre la viande alors qu'ils n'arrivent pas le à tuer, ou encore celle du vol de la pelouse du club de golf des conservateurs en sont des exemples assez savoureux). Le film montre aussi très bien comment la décomposition des espaces publics (l'habitat urbain est ici particulièrement dégradé) menace les fragiles équilibres des cellules familiales et des individus qui, mis en péril,  peuvent voler en éclat à tout moment, confrontés à la précarité extrême. "Raining Stones", en dépit d'un happy end en forme de pirouette qu'on pourra trouver facile, puise indéniablement sa force dans l'impact de son discours sur les ravages sociaux des politiques conservatrices.

Il n'est pourtant pas inutile de porter, en complément, son intérêt , sur un autre film de l'anglais intitulé "The navigators". Le propos cette oeuvre se concentre sur la dénonciation des effets pervers de la privatisation des chemins de fer britanniques. Le film vint également faire écho à l'accident de train de Hatfield survenu en 2000. D'une gravité relative (4 morts néanmoins)  l'accident frappa les esprits. Il fut, en effet, attribué, après enquête, à l'entretien défectueux des rails alors même que la compagnie responsable du convoi engrangeait des bénéfices qui auraient dû lui permettre de rénover et entretenir son réseau ferré. Le film de Ken Loach fut évidemment mis en relation avec l'accident qui venait d'avoir lieu, non sans raison : la politique des Tories de destruction du service public et de valorisation des intérêts du capitalisme débridé expliquait la catastrophe, la sécurité de tous étant sacrifiée sur l'autel de l'augmentation des dividendes à verser aux actionnaires. Dans la" fiction" de Ken Loach, on suit un groupe de cheminots, très solidaires au départ, qui se divise progressivement sous l'effet des réformes qui affectent la gestion de leur dépôt de Sheffield. Quand K. Loach montre les conditions de travail qui se dégradent, la dangerosité qui s'accroît en raison des restrictions budgétaires, et la précarité galopante qui accompagne la sous traitance de multiples activités cela lui permet de critiquer vigoureusement la politique de J. Major (rappelons que M. Thatcher n'avait pas osé mettre en oeuvre la privatisation du rail anglais et que c'est son successeur qui franchit le Rubicon). Les solidarités professionelles, syndicales et humaines fragilisées par les menaces sur l'emploi conduisent le groupe de cheminots à des compromissions difficiles. "The navigators" par son sujet et le contexte particulier de sa sortie avance donc un discours politisé, très accessible, sur les orientations des politiques anti crise menées par les conservateurs britanniques.

 

"Trainspotting" de D. Boyle (1996) : les années de crise version trash.

Adapté d'un roman d'Irvine Welsh  l'enfant terrible des letttes écossaisses,sorti en 1993, "Trainspotting" est un protrait au vitriol des enfants de la crise évoluant dans le décor de Leith, le port d'Edimburgh, dont l'écrivain est lui même natif. Chômage, drogue, combines, esbrouffe, gouaille, rythment quelques tranches de vie d'un groupe de comparses liés par l'instinct de survie. "Trainspotting", avec outrance parfois, culot et provocation souvent , ainsi qu'un humour très britannique, se veut le film d'une génération perdue dans les années de crise, renforcée par la politique de M. Thatcher. Pour ces jeunes du Royaume Uni, il n'y a rien à perdre, les perspectives sont bouchées dans le nord, plus qu'ailleurs ; il ne leur reste que la solution de l'illégalité ou alors les paradis artificiels dont ils usent et abusent. S'insérer dans le modèle sociétal proposé par "la dame de fer" est absolument inenvisageable pour cette troupe de paumés qui ne vit qu'au jour le jour, bien en marge, mais ancrée dans un univers de "prolo" très identifiable dans les paysages du film : pubs, terrains de foot, squats improbables, docks ...  Résolument rock dans sa bande son, le film est aussi l'héritier du mouvement punk (avec lequel Welsh a beaucoup fricoté) en ce qu'il est habité par cette "philosophie" du rien à perdre. Celle ci est résumée dans la scène d'ouverture qui, à elle seule, est un manifeste contre le conformisme porté par les conservateurs et, la société de consommation que les jeunes du film reccusent puisqu'ils en sont les laissés pour compte. "Trainspotting", c'est une version trash de la crise dans la forme et dans le fond, c'est aussi un rendu (pour son propos mais aussi son visuel) assez fracassant du creusement des inégalités sociales dans les sociétés occidentales de la dernière décennie du XXème siècle.

 
 

 

De le mine au Royal Albert Hall : "Les Virtuoses" de M. Herman (1997)

La nécessité quasi impérieuse de se munir d'un paquet de kleenex ne doit pas pour autant disqualifier "Les Virtuoses". Moins rock n' roll que "Trainspotting" certes, le film trouve toutefois remarquablement sa place dans cette famille des fictions témoignant de la fin des Trente Glorieuses. Nous sommes à Grimley, dans le nord de l'Angleterre où le dernier puits de mine va fermer (le paysage minier avec ses corons de briques rouges est indissociable du film). Les syndicats sont moribonds, les patrons voyous déjà aux commandes, gérant les plans sociaux de grande ampleur aussi vite qu'ils s'enfuient dans leurs grosses berlines aux vitres teintées. Avec la fin de la mine, c'est tout une région qui s'effondre, tout un monde qui disparait. Les familles de mineurs se mobilisent d'autant plus que la fin des activités extractives met en péril l'existence de la fanfare (le Brass Band qui donne son titre original au film "Brassed Off", signifiant aussi "en avoir par dessus la tête"), fierté locale et ciment des amitiés ouvrières. Maintenir son activité et emmener le groupe en finale des championnats nationaux, qui se déroulent au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, est, en soi, une revanche sur le rouleau compresseur qui a broyé l'univers des mineurs et l'occasion pour eux de garder la tête haute face aux requins qui leur avait pourtant fait comprendre que leur temps était révolu. Une belle revanche, si futile soit elle.

Film à petit budget, "Les Virtuoses" fut un des succès cinématographiques de l'année 97 et les multiples récompenses que reçut le film ont donné une nouvelle ampleur au discours politique qui le sous-tend. Il est devenu l'étendard déployé d'une profession brisée par Thatcher-Major, comme un ultime barroud d'honneur d'un univers condamné par la société post-industrielle, par les partis conservateurs auxquels la social-démocratie ne s'est pas privée d'emboîter le pas.

 

"The full monty" de P. Cattaneo (1997), une synthèse ?

Sheffield, Yorkshire, ancien fleuron de la metallurgie britannique est devenue une ville fantôme. Les usines sont vides, les halls de l'ANPE , eux, ne désemplissent pas. "The Full Monty" avec son air de comédie légère et son ton badin, réussit, peut être, le tour de force d'opérer une synthèse des multiples regards cinématographiques sur la crise industrielle et le thatchérisme. Par la transformation improbable de chômeurs de longue durée dans l'impasse en une troupe de chippendales redoutables, le film montre avec beaucoup d'autodérision mais aussi une certaine tendresse, la cruauté au quotidien et les humiliations du chômage, l'impossibilité de se contenter du système D et de la vie au jour le jour quand on a une famille à charge, la douleur du déclassement social, la difficulté de rester digne ou d'assumer son rôle de père quand la précarité est ce que l'on peut espérer de mieux. Les moments de franche rigolade ne font jamais disparaître le fond tragique et sérieux de la situation de ces gens simples des pays noirs. La bande son du film a contribué à son succès (voir l'extrait ci-dessous) , tout comme cette galerie de personnages aussi émouvants que drôles.

 

Voir aussi sur l'histgeobox, la contribution de Blot sur le "Miss Maggie" de Renaud, un vibrant hommage  à la "dame de fer".