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Au rayon manga : Vinland Saga, Le pavillon des hommes et Hokusai

par Aug Email

Parmi les derniers mangas que j'ai pu lire ces derniers temps, je voulais vous signaler deux séries en cours et un one-shot :

 

 

Vinland  Saga, au coeur de l'épopée viking

 

Il s'agit d'une série en 7 épisodes parus à ce jour dont le titre laisse penser qu'il s'agit du récit de l'installation de Vikings sur le continent américain (le fameux  "Vinland" des sagas) autour de l'an mille. Cela est en partie vrai, mais l'essentiel de l'action se passe ailleurs, dans cette Europe du Nord qui a connu l'invasion de groupes vikings venus de Norvège, du Danemark et de Suède. Makoto Yukimura, le mangaka, nous fait voyager de l'Islande à la Norvège et au Danemark en passant par l'Angleterre où se déroule une grande partie de l'action.

Une lutte féroce s'y déroule en effet entre les Anglo-Saxons qui dominent le pays depuis la fin de l'époque romaine et les Vikings qui contrôlent une partie du pays (le territoire du Danelaw). Quelques celtes gallois viennent parfois se mêler aux rudes combats. Le récit fait en effet la part belle aux batailles et l'auteur semble fasciné par la force quasi surhumaine de certains guerriers (même si certains, comme attesté par certaines sources, mangent quelques champignons hallucinogènes pour ne plus craindre le danger..., voyez le premier extrait ci-dessous). Soulignons au passage, malgré quelques scènes un peu surnaturelles, la volonté de l'auteur de respecter autant que possible les faits historiques et le contexte de l'époque. Au total, cette série est vraiment très réussie. En suivant le désir de vengeance du jeune héros Thorfinn, à la fois allié et ennemi irréductible d'Askelaad avec qui il rêve d'en découdre, on suit les péripéties de la tentative de conquête de l'Angleterre par le roi Sven (ci-dessous au moment du siège de Londres) et la lutte pour sa succession prochaine entre ses fils Knut et Harald. Tout cela se passe donc au XIème siècle et c'est passionnant !

 

Makoto Yukimura, Vinland Saga (7 tomes parus), Kurokawa

 

 

 

 Le Pavillon des hommes, quand les femmes prennent le pouvoir

 

La mangaka Fumi Yoshinaga aime, dans ses mangas, aborder la question du genre. C'est le cas avec la série Le Pavillon des hommes qui nous conduit dans le Japon du XVIIème siècle. Une maladie mystérieuse emporte la majorité des hommes, en particulier les jeunes. L'équilibre de la société s'en trouve bouleversé et certaines choses vont changer, y compris au coeur du pouvoir.

Mais évoquons en deux mots la situation du Japon à cette époque qui sert de toile de fond au récit de l'auteur. Depuis 1603 (et jusqu'au début de l'ère Meiji en 1868), la famille des Tokugawa est détentrice du shogunat et donc de la réalité du pouvoir dans le cadre du système du Bakufu. C'est le début de la période d'Edo, la ville du shogun située dans le Kanto, qui supplante l'impériale Kyoto comme siège du pouvoir réel (le nom Edo est changé en Tôkyô pendant la période Meiji). Au sein du palais du shogun à Edo, un pavillon est réservé à des femmes qui servent le Shogun, au besoin en lui permettant d'avoir un héritier.

C'est là que Fumi Yoshinaga situe son intrigue, mais en faisant de ce pavillon, suite aux effets de la maladie, un pavillon réservé aux hommes, le shogunat étant lui-même finalement dévolu à une femme...

On pourrait craindre la caricature avec des hommes qui se livrent à des querelles pour les meilleurs places, des coups bas, des secrets d'alcoves, mais finalement, l'auteur nous permet de réfléchir à l'essence du pouvoir et à sa masculinité si courante et si arbitraire. On songe alors à quelques pièces d'Aristophane dans lesquelles les femmes prenaient le pouvoir  (L'Assemblée des Femmes) ou faisaient la grève du sexe pour que les hommes cessent la guerre... (Lysistrata). Sauf que les femmes au pouvoir dans ce manga, n'ont rien à envier aux hommes en termes d'ambition et de cruauté. Donc un Josei (le Seinen au féminin) intéressant et captivant.

Fumi Yoshinaga, Le Pavillon des hommes (5 tomes parus), Kana

 

 

 

Hokusai, le "vieux fou de la peinture"

 

Vous connaissez peut être Hokusai, peintre Japonais du XIXème siècle. Died avait évoqué dans un article récent le célèbre tableau La grande vague de Kanagawa (1831). Son oeuvre a inspiré de nombreux artistes, en particuliers des peintres français tels que Gauguin, Van Gogh ou Monet. Il a également popularisé le terme de "manga" (terme féminin pouvant signifier "dessin inabouti") en publiant en 1814 ses carnets de croquis.

Un manga de Shotaro IshinoMori récemment traduit en français nous permet de mieux connaître ce personage exceptionnel qui vécut 90 ans. L'auteur nous raconte une vie faite de multiples remises en cause, Hokusai ne souhaitant jamais s'installer dans un confort pour lui synonyme d'absence de créativité. Ainsi, à 42 ans et alors qu'il bénéficie déjà d'une grande notoriété, il décide de changer de nom d'artiste et d'adopter celui d'Hokusai qui le rendra encore plus célèbre. Aux sources de ces changements, la volonté d'être reconnu pour la valeur de son art et non pour autre chose.  L'insatisfaction et le désir, comme pour beaucoup d'artistes, sont donc de puissants aiguillons. Le récit de Shotaro Ishino Mori n'est pas linéaire et y gagne en cohérence. Chaque chapitre est conçu autour de l'une ou l'autre des périodes de la vie du peintre mais sans respecter la chronologie. Voici deux extraits, l'un nous montre Hokusai jeune, l'autre nous permet d'entrevoir les coulisses de la réalisation de sa série d’estampes Fugaku Sanjūrokkei ou Trente-six vues du mont Fuji dont fait partie la vague, publiée en 1831 alors qu'il a plus de soixante-dix ans.

 

 

Shotaro IshinoMori, Hokusai, Kana